Horaires postés et santé

C. Gadbois, S. Prunier-Poulmaire Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Pathologie professionnelle et de l’environnement, Elsevier Masson SAS, Issy-Les-Moulineaux, 2015, vol.10, n°1, 16-785-A-10, 7 pages. Bibliographie

De nombreuses études publiées depuis les années 1960 mettent en exergue des problèmes de santé évoqués par les travailleurs assujettis à des horaires postés et qui concernent :

  • le sommeil
    Les troubles du sommeil atteignent plus de 50% des sujets en horaire posté mais jusqu’à 95% des salariés soumis à un régime 3x8 et 70 à 90% des ex-travailleurs postés. Ces troubles se produisent dès les premiers temps de pratique de ces horaires.
    • La plainte est quantitative :
      • moins d’heures de sommeil (entre 2 et 4h) tout autant pour les vacations de nuit que pour les postes du matin qui débutent entre 5 et 7 h,
      • difficulté à s’endormir et à maintenir le sommeil (discordance au regard de la rythmicité circadienne),
      • nuisances de l’environnement : bruit et lumière (interrompant prématurément le sommeil),
      • et pour les postes du matin qui débutent tôt, décalage de l’horaire de coucher pour rester en lien avec la vie familiale générant une dette de sommeil.
    • La plainte est aussi qualitative :
      • difficulté à s’endormir et à maintenir le sommeil, éveils fréquents, réveils anticipés,
      • affectation des différents stades du sommeil et diminution de la durée du sommeil paradoxal avec importance et aggravation des perturbations liées à la répétition entraînant un réajustement de la rythmicité interne qui conduit à considérer que des rotations "avant" (soit matin/après-midi/nuit) et rapides seraient préférables et qu’une semaine de postes de nuits successifs semblerait un mauvais système.
  • le système gastro-intestinal
    Les troubles atteignant des fréquences allant de 20 à 75% des salariés postés sont variés : troubles du transit, brûlures d’estomac, irritation intestinale, ulcères peptiques, maladies digestives inflammatoires chroniques, voire cancers.
    Les analyses statistiques contrôlant l’âge, le sexe et la nature des tâches montrent, par référence à l’horaire diurne standard, des fréquences de troubles plus élevées pour cinq symptômes dans le cas du système 3X8 et pour quatre autres dans le cas du système 4X6, mais aucun effet dans celui du système 2 X 12.
  • le risque de cancer
    L’attention s’est focalisée sur le cancer du sein pour les femmes travaillant de nuit dans les hôpitaux et les compagnes aériennes. Si un certain nombre d’études ont pointé un risque de cancer du sein, les résultats ne permettent pas encore de conclure de façon décisive. Le CIRC a classé l’exposition au travail posté impliquant une perturbation circadienne comme "probablement cancérigène " (groupe 2A).
  • autres risques
    La perturbation des rythmes de vie peut être aussi à l’origine d’un accroissement de pathologies professionnelles spécifiques, conséquence d’une vulnérabilité accrue à certains moments du cycle des 24 heures.

Il apparaît que certaines organisations soient moins défavorables que d’autres
Il est recommandé de :

  • éviter de fixer le début du poste du matin à une heure très matinale,
  • ne pas enchaîner plus de deux à quatre nuits d’affilée,
  • faire se succéder les postes dans le sens rotation avant, et non l’inverse (rotation arrière).

Mais il faut tenir compte des cas individuels et le problème ne peut se réduire à l’application de quelques modèles universels. Il ne saurait y avoir de réponse pertinente que sur mesure et conçue de façon participative avec les salariés concernés.

Il n’en reste pas moins que le travail posté reste un facteur de risque qui nécessite une surveillance continue de l’état de santé des salariés concernés.

(publié le 30 juillet 2015)