Horloge biologique, sommeil et conséquences médicales du travail posté

D. Léger, V. Bayon, A. Metlaine, E. Prevot, C. Didier-Marsac, D. Choudat Archives des maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol.70, n°3, p.246-252. Bibliographie.
Le travail de nuit et le travail posté concernent environ un travailleur salarié sur cinq. Le travail posté se définit par des critères de continuité, de type de rotation, d’alternance des équipes et de rythme. Le travail de nuit correspond à un travail qui a lieu entre 21h et 6h du matin mais un sujet travaillant quotidiennement au moins 3 heures pendant cette période, au moins deux fois par semaine ou qui accomplit 270 heures pendant 12 mois consécutifs est considéré comme travailleur de nuit. Ces horaires irréguliers ou de nuit soumettent l’organisme à des changements importants au niveau des rythmes chronobiologiques. L’adaptation à ce type de travail est possible, mais contraignante et dépend principalement de trois facteurs : le facteur chronobiologique, le facteur sommeil et le facteur économique (facteurs personnels et domestiques). En cas d’horaires décalés, les rythmes se désynchronisent, ce qui perturbe la vigilance, le sommeil et la qualité de vie. On observe chez les travailleurs de nuit une dette de sommeil d’environ 1 à 2 h par jour tandis que que le sommeil lent profond (récupérateur de la fatigue physique) et le sommeil paradoxal (récupérateur de la fatigue psychique, du stress) surviennent de façon plus difficile. S’y ajoutent des contraintes domestiques créant des conditions de repos difficiles au domicile. Les effets sur la santé concernent principalement les troubles du sommeil : insomnies (d’endormissement, de maintien du sommeil, insomnies par réveil trop précoce) et perturbation de la qualité du sommeil, constitution d’une dette de sommeil génératrice de somnolence. Tous ces troubles de la vigilance augmentent le risque d’accidents du travail et d’accidents de la circulation. S’y ajoutent des troubles digestifs : dyspepsie, ballonnements, troubles du transit, douleurs abdominales en lien avec une alimentation pauvre en fibres et une consommation excessive de café ou de thé. Le travail posté est également pourvoyeur de stress, de fatigue chronique et responsable d’un risque accru de pathologie dépressive. Les effets à long terme concernent les troubles cardiovasculaires (augmentation du risque de cardiopathie ischémique de 20 à 40% chez les travailleurs postés en lien avec une augmentation des facteurs de risques. On a également évoqué l’augmentation du risque de cancers avec un rôle possible de la mélatonine vis-à-vis des cancers du sein et des cancers colorectaux. Par ailleurs, vis-à-vis de la grossesse, une association entre retard de croissance intra-utérin, prématurité et risque de fausses couches semble retrouvée. Le rôle du service de santé au travail est de dépister à temps la désadaptation afin d’éviter une inaptitude temporaire ou définitive.
(publié le 14 décembre 2009)