Organisation du travail en 2x12h : les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs

L. Weibel, D. G Herbrecht, D. Imboden, L. Junker-Mois B. Bannerot Références en Santé au Travail, 2014, n°137, pp. 143-149. Bibliographie
Une enquête sur les postes longs de 12 heures a été initiée par un médecin du travail inquiet des répercussions sur la santé du personnel du secteur de soins, de telles organisations du travail.
Un groupe pluridisciplinaire s’est constitué, centré d’abord sur le secteur du soin mais étendu ensuite à l’ensemble des secteurs d’activité suivis par les différents intervenants du groupe.
Revue de la législation, revue de la littérature et échanges professionnels ont permis de faire le point de la situation.
Il apparaît que les postes de travail long induisent des effets négatifs sur la vigilance avec une augmentation du risque de somnolence au travail et une augmentation du risque d’erreur, une augmentation importante du risque d’accident du travail à partir de la neuvième heure avec un doublement de ce risque à la douzième heure, une augmentation des conduites addictives, un effet sur la prise de poids et une augmentation des pathologies dorsolombaires par rapport aux postes de 8 heures.
Si les salariés y voient des avantages économiques (moins de trajets, moins de frais de garde d’enfant, possibilité d’activités complémentaires rémunérées), il n’est pas certain que les bénéfices attendus soient réels. En effet, si les salariés devraient lors des jours non travaillés favoriser repos et récupération, dans la réalité, ils doivent arbitrer entre préservation de la santé et amélioration de leur disponibilité sociale et familiale, ce dernier choix étant souvent privilégié. De plus l’avancée en âge s’accompagne d’une moins bonne tolérance du travail posté et oblige parois les salariés à choisir une diminution de leur temps de travail.
Lorsque la satisfaction au travail est insuffisante, les postes longs peuvent générer ou aggraver une souffrance au travail tant mentale que physique qui peut engendrer au titre du maintien dans l’emploi, une obligation de changer de service mais parfois une inaptitude avec des conséquences très préjudiciables.
Il en ressort que les postes longs ne devraient être adoptés "que dans des cas d’absolue nécessité dans le respect des temps de repos, de pause et d’amplitude des journées et moyennant le respect strict des préconisations qui en limitent les effets négatifs".
(publié le 25 septembre 2014)