Surveillance à adopter pour les travailleurs postés et de nuit

V. Bayon, A. Benzekri-Le Louet, E. Prévôt, D. Choudat, D. Léger Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2008, Vol.69, n°5/6, p. 695- 707. Bibliographie

Un travailleur sur cinq en France est concerné par le travail de nuit ou le travail posté. « Ces horaires irréguliers ou de nuit soumettent l’organisme à des changements importants au niveau des rythmes chronobiologiques ».

L’adaptation au poste dépend principalement de trois facteurs : chronobiologique, sommeil et socioéconomique. Deux facteurs principaux contribuent à synchroniser l’horloge biologique sur le rythme de 24 heures : l’activité sociale et la lumière de haute intensité. Des facteurs chronobiologiques semblent prédictifs : le sens de rotation des postes de travail, (le sens horaire est mieux toléré que le sens anti-horaire), le fait pour le salarié d’être plutôt du soir que du matin (qui favorise l’adaptation), enfin l’âge (le sujet jeune s’adapte plus facilement). Enfin les facteurs socioéconomiques interviennent dans l’adaptation au poste (double travail induit par des obligations sociales ou familiales). Les effets à court terme de cette désynchronisation sont des troubles du sommeil (insomnies d’endormissement, insomnies de maintien du sommeil et insomnies par réveil trop précoce). Le sommeil de jour est de moins bonne qualité que le sommeil de nuit. Il s’ensuit chez les travailleurs de nuit ou en horaires décalés, une dette chronique de sommeil d’environ une à deux heures par jour qui favorise la somnolence, la baisse de la vigilance responsable d’accidents du travail. Les accidents se produisent en majorité dans les périodes de somnolence maximale, c’est-à-dire entre 2 et 5 h du matin et entre 13 et 15 h. Les troubles digestifs constituent une plainte fréquente : troubles dyspeptiques, ballonnements, troubles du transit, douleurs abdominales, risque d’ulcère gastro-duodénal en lien avec des horaires de repas irréguliers et des facteurs comportementaux alimentaires tels que alimentation pauvre en fibres, plats industriels, consommation excessive de thé ou de café. Enfin, le travail posté favorise le stress, la fatigue chronique et serait responsable de pathologie dépressive. Sur le long terme, le travail posté entraînerait des troubles cardiovasculaires : augmentation du risque de cardiopathies ischémiques, hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque. Par contre, un lien de causalité entre surpoids et travail posté n’est pas clairement établi. Un lien entre cancer et travail de nuit est suspecté en relation avec une exposition à la lumière la nuit qui provoquerait une baisse de la mélatonine, enzyme qui inhiberait le développement tumoral. Les femmes enceintes travaillant de nuit encourent retard de croissance intra-utérin, prématurité ou risque de fausse couche.

Globalement, le risque de mortalité globale n’est pas augmenté chez les travailleurs postés ; par contre, on enregistre un excès de mortalité cardiovasculaire. Le personnel travaillant de nuit relève d’une surveillance médicale renforcée (première visite avant l’affectation à un travail de nuit puis renouvelée tous les 6 mois afin de repérer les signes d’intolérance ou de désadaptation). L’examen clinique sera orienté de façon plus particulière sur le risque cardio-vasculaire, le risque digestif, le risque de surpoids, voire d’obésité et le médecin portera attention aux facteurs d’adaptation au travail posté avec détection précoce des troubles du sommeil en s’aidant d’outils validés et standardisés tels que l’agenda du sommeil, l’échelle de somnolence d’Epworth, l’IMC et un questionnaire subjectif de sommeil.

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(publié le 6 avril 2009)