Effets du travail en horaires alternés sur la qualité de vie et la vigilance en Tunisie

N. Chaouch, N. Mechergui, W. Aissi, D. Essid, T. Khemila, N. Ladhari Santé Publique, 2019, vol.31, n°5, pp.623-631. Références
Une étude transversale descriptive et comparative a été réalisée auprès des salariés d’une entreprise de fabrication de pièces automobiles, du 1er janvier au 30 avril 2018, dont un premier groupe occupait un travail alterné de type 2X8 (sans travail de nuit) et un deuxième occupait un travail de nuit fixe.
Le travail alterné consiste à occuper sur une période donnée de jours ou de semaines, différentes périodes de travail sur 24 heures.
L’étude a été réalisée à partir d’un questionnaire autoadministré comportant dans une première partie les caractéristiques sociodémograhiques, les habitudes, les caractéristiques professionnelles et les données cliniques. La deuxième partie était un questionnaire de qualité de vie à 36 items explorant 8 dimensions, cotées de 0 à 100, permettant de calculer un score résumé physique et un score résumé mental.
L’état de vigilance était apprécié à partir de l’échelle de somnolence d’Epworth.
391 salariés (sur les 395 de l’entreprise) ont répondu à l’étude dont 320 femmes et 71 hommes, âgés en moyenne de 33,7 ans. 320 salariés travaillaient en horaires alternés de type 2x8 sens horaire et 71 travaillaient en horaires de nuit permanents. L’ancienneté professionnelle allait de 1 à 10 ans et les ouvriers étaient la catégorie professionnelle la plus représentée (92,6%).
Le groupe de salariés travaillant en permanence la nuit avait un niveau de qualité de vie plus élevé que le groupe travaillant en 2X8 en termes de score global, score physique et score mental. Cela tient probablement, pour ceux travaillant en horaires alternés, aux difficultés d’organisation du quotidien (alternance variable entre les plages de travail, heures de coucher variable), à l’isolement social (surtout chez les jeunes), aux difficultés pour les femmes d’assurer en plus les tâches domestiques et les soins aux enfants.
La fréquence des signes de somnolence diurne excessive était significativement plus élevée chez les travailleurs de type 2X8 en raison de la désynchronisation de l’horloge biologique mais aussi d’une dette de sommeil chronique d’environ 1 à 2 heures par jour, liée à une prise de poste tôt le matin non compensée par un coucher plus précoce.
Il est possible aussi qu’intervienne une auto sélection selon l’effet "travailleur sain", selon lequel les personnes ne supportant pas le travail de nuit s’éliminent d’elles-mêmes.
Il convient de s’intéresser aux travailleurs en horaires alternés et d’aménager leurs horaires de travail afin d’améliorer leur qualité de vie et de favoriser une meilleure vigilance.
(publié le 17 mars 2020)