Isolement et solitude au travail

J. Marc, M. Favaro Références en Santé au Travail, 2019, n°160, pp. 175-183. Bibliographie

"Bien que l’isolement perçu, l’isolement relationnel et la solitude fassent toutes trois, référence à des évaluations subjectives, il faut souligner que les éléments subjectifs associés aux différentes formes d’isolement s’appuient sur des éléments objectifs du monde réel, à la différence de la solitude qui est centrée sur la réalité interne du salarié, sur la capacité ou non à se satisfaire de lui-même. Enfin, si les expressions " isolement" ou "solitude" sont souvent négativement connotées dans le langage courant, les effets de l’isolement ou de la solitude et leurs vécus peuvent être positifs ou négatifs selon les situations et les individus".
Les premières études sur le travail isolé ont montré que bien que l’isolement ne soit pas en lui-même négatif, dès l’instant où le vécu d’isolement se manifeste sous forme de "sentiment", il revêt une coloration négative car il correspond souvent à un besoin d’aide.

La solitude lorsqu’elle est bien vécue est assimilée à de l’autonomie (le salarié dispose des ressources et a les compétences pour travailler, il a ses valeurs et ses règles de fonctionnement, il est créatif). Cette situation est d’autant mieux supportée qu’il a la possibilité de rompre l’isolement ou de demander une aide à tout moment. Mail il reste néanmoins toujours exposé à des risques d’épuisement ou à des variations externes des exigences du travail sur lesquelles il n’a pas de prise. Au vécu de la situation, peuvent s’ajouter les dimensions "intensité du travail" et "difficile maîtrise de la situation". L’isolement devient alors "subi".

A l’inverse, la solitude, si elle est mal vécue, devient "sentiment de solitude" et elle affecte le salarié dans la perception qu’il a de lui-même et de ses rapports aux autres (le salarié ne demande pas d’aide et se replie sur lui, il passe en mode passif, dominé par des émotions négatives par épuisement ou par perte de sens). L’identité personnelle du salarié est atteinte, mais parfois aussi le sens de son existence.

Quatre situations concrètes sont ensuite exposées (isolement relationnel, autonomie/solitude sereine, sentiment d’isolement, sentiment de solitude).
Deux situations sont particulièrement à surveiller : la solitude sereine et le sentiment de solitude car il y a rarement des signaux d’alerte.
En effet lorsque le travail est trop urgent, le salarié préfèrera continuer seul plutôt que de perdre du temps à expliquer la situation à une autre personne avec laquelle il ne partage rien.

La prévention repose sur un travail d’organisation qui consiste à conjuguer les désirs d’autonomie et de développement des salariés avec les exigences de production et la possibilité d’avoir accès à une assistance en cas de nécessité.

(publié le 19 mars 2020)