Le travail de nuit ne fait pas de pause

S. Cachinero Liaisons sociales magazine, 2011, n°119, pp.47-49
Le travail de nuit se banalise avec 3,6 millions de salariés (15,4% de l’effectif total) qui travaillent entre 21 heures et 6 heures. Les raisons ? L’optimisation du taux d’utilisation des machines, l’impossibilité de stopper les machines dans certains secteurs, le développement de la vie économique la nuit avec certains services assurant des prestations 24 h sur 24.
Les femmes payent un lourd tribut. Depuis la loi sur l’égalité professionnelle de 2001 qui a levé l’interdiction du travail de nuit pour les femmes, leur part a bondi de près de 60% entre 2002 et 2008 . Le travail des intérimaires et des CDD s’effectue à hauteur de 20% la nuit.
Il est bien admis que le travail de nuit est délétère pour la santé, favorisant les troubles digestifs, les accidents cardiovasculaires, perturbant le sommeil. L’organisation mondiale de la santé a officialisé en 2007, son caractère probablement cancérogène.
La vie sociale est perturbée : plus de soirées avec les amis. L’isolement se vit aussi au sein de l’entreprise : beaucoup moins de travailleurs la nuit. Adieu aussi évolution de carrière et formation sauf dans certaines entreprises qui ont signé des accords sur la mobilité et la construction des parcours professionnels.
Certains n’y voient pas que des désavantages. Le travail de nuit rapporte 20 à 30% de plus en CDI auxquels s’ajoutent les repos compensateurs.
Des pistes de réflexion sont à l’étude : meilleure anticipation de l’organisation du travail de nuit, réduction de la durée maximale du travail de nuit, limitation dans le temps des carrières nocturnes, généralisation des espaces de repos spécifiques dans les entreprises, repos compensateurs plutôt que majorations salariales.
(publié le 22 mars 2011)