Pathologies professionnelles liées au travail posté ou de nuit

V. Bayon, D. Léger La Revue du Praticien, 2014, vol.64, n°3, pp.363-368. Références
Le travail posté et le travail de nuit sont en forte progression depuis quelques années et concernent de plus en plus de femmes.
On observe chez les travailleurs postés ou de nuit, une diminution moyenne du temps de sommeil total de l’ordre de 1 à 2 heures par 24 heures aboutissant avec le temps, à une privation chronique de sommeil, qui accroît le risque de somnolence chez ces travailleurs durant la période d’éveil, (appréciée subjectivement par une des échelles de type échelle d’Epworth et objectivement par un test itératif des latences d’endormissement). Ce défaut de vigilance est une cause d’accidents du travail et de trajet.
Le travail posté ou de nuit a été identifié comme un facteur de risque supplémentaire de cancer du sein. Le risque relatif est proche de 1,5 et augmente avec la durée d’exposition sans seuil critique connu ; plusieurs hypothèses permettent d’expliquer cette association : "désynchronisation répétée des rythmes circadiens et modulation des gènes horloge, suppression de la libération de mélatonine par la glande pinéale liée à la surexposition à la lumière, privation et déstructuration du sommeil perturbant le système immunitaire, inflammatoire et endocrinien".
Relativement à la grossesse, une association significative entre le travail posté et de nuit a été retrouvée en ce qui concerne les avortements spontanés, les accouchements prématurés et le retard de croissance intra-utérin. A sa demande ou à celle du médecin du travail, une femme enceinte peut être affectée à un poste de jour pendant la durée de sa grossesse, pendant le congé post-natal et après son retour au travail pendant une période n’excédant pas un mois.
Le travail posté ou de nuit est aussi facteur d’obésité, d’hypertension artérielle, de perturbations du bilan lipidique entraînant un risque cardiovasculaire.
Un certain nombre de risques sont mal connus ou en discussion : l’insomnie et les perturbations psychiques, le risque d’autres cancers (de la prostate ou colo-rectal), les troubles gastro-intestinaux : ulcère peptique, troubles fonctionnels intestinaux, reflux gastro-oesophagien, maladies digestives inflammatoires chroniques et cancers digestifs).
Il est recommandé d’interroger les travailleurs postés ou de nuit sur leur temps de sommeil et de dépister la présence de somnolence, de mesurer régulièrement le poids et sa distribution, la tension artérielle, de réaliser un bilan lipidique périodique et de de dépister un diabète de type 2.
Le salarié doit être informé des risques et des moyens de prévention préconisés.
Une exposition à la lumière est conseillée au début de chaque poste et la limitation de l’exposition à la lumière est préconisée en fin de poste pour faciliter le sommeil. Une sieste courte (moins de 30 minutes) est recommandée durant le travail de nuit ou avant la prise de poste.
Une pathologie fortement liée aux horaires atypiques de travail sera déclarée en maladie à caractère professionnel car il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle en France les concernant. Depuis 2007, le Danemark permet la reconnaissance en maladie professionnelle des cancers du sein chez les femmes qui ont travaillé de nuit ou en horaires postés pendant plus de 10 ans.
(publié le 2 octobre 2014)