Travail de nuit, troubles du sommeil et santé

E. Phan Chan The Préventique-Sécurité, 2010, n°113 pp.88-92

Un Français sur trois se plaint de troubles du sommeil et principalement d’insomnie. Les femmes sont les plus concernées.

Les causes peuvent être professionnelles :

  • surcharge mentale
  • environnement physique
  • impossibilité de se détendre après le travail et avant le sommeil (trajet long, travail domestique, soins aux enfants ..).

Le diagnostic repose sur des éléments cliniques :

  • plaintes concernant directement le sommeil,
  • plainte de fatigue dès le réveil,
  • troubles digestifs,
  • consommation excessive de café ou de thé,

et sur des éléments paracliniques :

  • mise en place d’un agenda du sommeil (afin d’apprécier l’importance de l’insomnie),
  • utilisation d’un actimètre sur une période d’environ 10 jours afin d’apprécier objectivement les périodes d’activité et de repos et les périodes où le sujet dort vraiment,
  • enregistrement polysomnographique nocturne,
  • tests itératifs de latence d’endormissement,
  • test de maintien de l’éveil,
  • consultation spécialisée.

La prise en charge d’un insomniaque s’appuie sur :

  • une meilleure organisation des horaires de travail,
  • une aide au travail familial,
  • un aménagement des conditions de travail en ce qui concerne le bruit, la température, l’éclairage, l’exposition à des substances chimiques,
  • une diminution de la contrainte mentale,
  • une information sur les rythmes veille-sommeil et les règles hygièno-diététiques.

Le travail de nuit n’est pas physiologique et est potentiellement générateur de troubles du sommeil. L’âge supérieur à 50 ans, un travail domestique important, être "du matin" plutôt que "du soir", sont des facteurs qui rendent difficile l’adaptation au travail de nuit.
Il est reconnu qu’un travailleur de nuit a en fait 1 à 2 h de sommeil en moins tous les jours, ce qui le place en situation de dette de sommeil chronique. Des siestes sont conseillées : soit courtes de moins de 20 minutes afin de ne pas atteindre le stade de sommeil profond, soit plus longues d’au moins un cycle (1h15 à 1h45) afin de récupérer du sommeil profond.
Le travail de nuit entraîne également un déséquilibre nutritionnel (augmentation de la faim et de l’appétit) et des troubles digestifs liés à un mauvais comportement alimentaire mais aussi à des facteurs chrono-biologiques. Une durée de sommeil courte est associée à une augmentation de l’obésité, du diabète et de certaines pathologies cardiovasculaires.
Des pauses régulières doivent être aménagées pendant les horaires de nuit afin de prendre en compte les risques de somnolence et d’endormissement à certaines heures.
Le travail de nuit est pourvoyeur de stress, de fatigue chronique. Il favoriserait la pathologie dépressive et serait un cancérogène probable (groupe 2A du CIRC) avec un risque de cancer du sein.
Le travail de nuit peut avoir un impact négatif sur la santé et la prise en charge des troubles du sommeil doit être pluridisciplinaire et coordonnée. Il est à noter que le travail de nuit continue à se développer, posant une véritable question de santé publique pour un nombre croissant de salariés.

(publié le 19 janvier 2011)