Le travail posté et de nuit et ses conséquences sur la santé : état des lieux et recommandations

D. Léger, Y. Esquirol, C. Gronfier, A. Metmaine et le Groupe consensus chronobiologie et sommeil de la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS) La Presse médicale, 2018, vol. 47, n°11-12, pp. 982-990

Plusieurs millions de travailleurs en France travaillent avec des horaires variables et décalés (travail posté/et ou de nuit [TPN]). Le travail de nuit a tendance à augmenter, surtout chez les femmes.
Le TPN a

  • des effets sur le sommeil
    • tant sur sa qualité (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, réveils trop précoces, sommeil non récupérateur, voire insomnie),
    • que sur sa quantité, créant une dette de sommeil chronique.
      Ce sommeil dégradé perdure aussi après la retraite ;
  • des effets sur la somnolence avec le risque de s’endormir au travail chez les travailleurs postés. Ces effets perdurent après avoir quitté le TPN ;
  • un effet probable sur la performance cognitive : ralentissement du temps de réaction et augmentation du nombre d’erreurs ;
  • des effets sur le risque métabolique dont les déterminants sont biologiques (par désynchronisation circadienne des rythmes de sécrétion hormonale), homéostasiques (par privation chronique de sommeil) et comportementaux (réduction de l’activité physique et modification quantitative et qualitative de l’alimentation) ;
  • des effets cardiovasculaires en raison de perturbations des rythmes de pression artérielle et de fréquence cardiaque, augmentation du risque d’hypertension artérielle et de morbidité et de mortalité cardiovasculaires ;
  • un effet probable sur le cancer du sein ou les autres cancers ;
  • un effet spécifique sur la femme enceinte : risque augmenté de fausses couches spontanées, d’accouchement prématuré, de faible poids de naissance pour l’âge gestationnel.

Eu égard à tous ces effets délétères, il est important de limiter le TPN aux activités indispensables, d’informer les personnes travaillant en TPN (description objective des risques et moyens de prévention), de poursuivre les études physiopathologiques et épidémiologiques pour mieux identifier les risques et notamment ceux de cancer, d’assurer une surveillance médicale régulière de santé au travail sur un rythme annuel.

(publié le 25 janvier 2019)