Les marqueurs physiologiques et biologiques de la privation de sommeil dans le contexte du travail posté de nuit

S. Fuentes, G. Caetano, D. Léger Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2018, vol.79, n°6, pp. 753-761. Références
Les travailleurs postés de nuit sont généralement en dette chronique de sommeil, ce qui a des répercussions en termes de santé et de sécurité : somnolence, ralentissement cognitif, baisse de la vigilance avec pour corollaire accidents du travail ou de la circulation, mais aussi sur-morbidité métabolique et cardiovasculaire.
Actuellement, les marqueurs de la privation de sommeil utilisés s’intéressent plutôt aux conséquences. Ils ne permettent qu’un dépistage des troubles du sommeil et une mesure subjective de la somnolence, de la fatigue, de l’anxiété et de la dépression (questionnaires et ou échelles visuelles analogiques).
Cependant, dette de sommeil et somnolence ne sont pas synonymes, en raison des différences entre les individus et des divergences entre l’évaluation subjective de la somnolence et la performance décrite. Ainsi la privation de sommeil n’est pas systématiquement accompagnée de somnolence mais peut néanmoins avoir un impact négatif sur la santé ou la sécurité par altération des performances comportementales.
On s’intéresse dorénavant à des biomarqueurs salivaires (alpha-amylase, chromogranine A, différents peptides, cortisol) ou urinaires (B-isoprostane) reflétant un état de stress comme marqueurs d’une privation de sommeil.
Mais les dispositifs les plus utilisables en conditions réelles de travail sont ceux qui évaluent le pourcentage de fermeture des paupières ou la fermeture lente des paupières mais aussi ceux qui évaluent la variabilité de la fréquence cardiaque .
Dans le futur, on s’intéressera au métabolome et déjà plusieurs travaux ont porté sur les modifications de l’épigénome, mais les études dans ce domaine n’en sont encore qu’à leurs balbutiements.
Ces projets sont séduisants : le médecin du travail pourra ainsi identifier les personnes à risques d’accidents et les personnes à risque d’effets néfastes pour leur santé et adapter alors les postes de travail. L’enjeu sanitaire et sécuritaire est de taille.
(publié le 23 janvier 2019)