Travail de nuit et cancer

W. Van Hooste Prevent FOCUS, novembre 2018, pp. 7-9

En 2007, une publication du CIRC révélait que le travail posté qui entraînait une perturbation du rythme circadien était classé dans les cancérogènes du groupe 2A.

Quels en seraient les mécanismes ?

  • une diminution de production de la mélatonine due à l’exposition à une lumière artificielle la nuit,
  • une production accrue d’œstrogènes,
  • une perturbation du sommeil qui entraîne un dysfonctionnement du système immunitaire (suppression des cellules dites "tueuses naturelles", qui peuvent tuer les cellules tumorales).
  • un apport réduit en vitamine D en raison d’une exposition réduite à la lumière du jour,
  • l’obésité,
  • de mauvaises habitudes de vie (alcool, tabagisme, manque d’activité physique).

Mais rien n’est sûr :

Dans les études de cohortes longitudinales, rien ne laisse apparaître un lien entre le travail de nuit pendant une longe période (supérieure à 15 ans) et le risque de cancer du sein, et depuis quelques années, les scientifiques sont de plus en plus persuadés que les preuves selon lesquelles le travail de nuit provoque le cancer du sein ne sont peut être pas si convaincantes, voire qu’elles sont inexistantes. D’ailleurs, la méta-analyse de Travis et coll (2017) des études prospectives n’a révélé aucune augmentation du risque relatif de cancer du sein chez les travailleuses de nuit.
Le cancer étant une maladie multifactorielle, le risque accru, s’il existe pourrait être en lien avec un mode de vie malsain (alcool, tabac, alimentation déséquilibrée, sommeil insuffisant, manque d’exercice).
Une très récente méta-analyse (2018) a montré un risque relatif général de cancer de 1,19 (ce qui revient à dire qu’il y a 19% de cancers en plus chez les travailleurs de nuit qu’en population générale, 41% pour le cancer de la peau, 32% pour le cancer du sein et 19% pour le cancer du colon).
Des études complémentaires sont encore nécessaires.

Prévention :

  • prise de mélatonine non recommandée,
  • réduction de la lumière sur le chemin du retour après le travail de nuit et pendant le sommeil,
  • système de rotation (jour, soirée, nuit) comportant un maximum de 4 nuits consécutives (l’idéal serait un cycle de 2-2-2),
  • promotion de la santé sur le lieu de travail, et lutte contre l’obésité,
  • suivi médical et promotion du dépistage du cancer du sein, du côlon, de la prostate et du col de l’utérus.
(publié le 25 janvier 2019)