Travail de nuit, quelles pratiques de prévention ?
Etat des lieux en région Alsace

L. Weibel, C. Bontemps, V. Chaigneau, L. Junker-Moisy, C. Loewenguth, V. Schach Références en Santé au Travail, 2018, n°156, pp. 47-51. Bibliographie

Un groupe de travail pluridisciplinaire piloté par la CARSAT Alsace Moseille a réalisé une enquête sur la caractérisation du travail posté et/ou de nuit et les pratiques de prévention existantes au sein des entreprises de la région Alsace.
Pour ce faire, les 263 médecins du travail d’Alsace ont reçu via le médecin inspecteur du travail un questionnaire en trois parties (caractérisation de l’entreprise et typologie du travail posté, moyens de prévention mis en œuvre, détail des horaires de travail). Le taux de retour des questionnaires n’a été que de 22%.
59 entreprises avaient une exposition au travail de nuit qui avait donné lieu à une réflexion sur le sujet, voire à une mise en œuvre de moyens de prévention.
Parmi les mesures de prévention primaire proposées :

  • Actions sur les horaires et les rythmes de travail
    • mise en place d’un nouveau planning 4X8 avec des rythmes distincts reproductibles de façon hebdomadaire, bien accepté par le personnel en raison du libre choix par le salarié de son horaire, de la relative adaptation en fonction de la typologie matinale ou vespérale des salariés et enfin d’une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle ;
    • réduction de la durée de l’équipe de nuit (7h au lieu de 8h) mais augmentation en contrepartie du nombre de nuits par semaine,
    • limitation du nombre de nuits consécutives,
    • mise en place d’une équipe de nuit permanente,
    • modification des horaires de prise de poste (reporter d’une heure la prise de poste soit 6-14-22 plutôt que 5-13-21).
  • Actions sur la durée de l’exposition au travail de nuit
    • possibilités données aux seniors de passer en horaire de jour.
  • Organisation de pauses dédiées au sommeil pendant le travail

Mesures de prévention secondaire
Il s’agit de mesures ciblées sur le salarié :

  • information sur les effets du travail de nuit,
  • sensibilisation des salariés sur le sommeil et la gestion des cycles veille-sommeil,
  • action sur le risque routier,
  • prévention du déséquilibre alimentaire,
  • renforcement du suivi médicoprofessionnel

Actions de prévention tertiaire

  • questionnaire évaluant la somnolence et les apnées du sommeil, la qualité du sommeil,
  • bilans biologiques ciblés,
  • passation d’échelles de détection de troubles anxieux ou dépressifs.

Pour 18 entreprises, des mesures de prévention ont été proposées mais refusées, soit par la direction, soit par les salariés.
Ont été refusées une diminution de la charge de nuit (car implication sur les activités de jour), des actions de sensibilisation aux effets du travail de nuit (travailleurs peu intéressés ou informations dispensées hors des heures de travail) mais aussi et surtout les siestes pendant le poste de nuit (absence de local adapté mais surtout résistance culturelle associée à une crainte de dérives et de répercussions négatives sur la qualité du travail).
Les réorganisations touchant aux horaires de travail sont souvent refusées par les travailleurs en raison des impacts sur la vie privée, ou les temps de trajet, et la diminution des heures de nuit par crainte de perte de pouvoir d’achat.

(publié le 8 février 2019)