Déchets et recyclage : des travailleurs en danger

A. Ponce del Castillo Hesa Mag#09, le magazine de l’Institut syndical européen en santé et sécurité au travai, 1er semestre 2014, pp.10-43

Cet important dossier traite du recyclage dans une société qui limiterait la production des déchets et les utiliserait comme une ressource. De nombreux changements sont en cours et cette transition entraîne des bouleversements dans l’organisation du travail et les caractéristiques de l’emploi dans le secteur. Entreprise louable certes d’autant qu’elle génère de nouveaux métiers mais qui sont loin de faire rêver.
Nous avons choisi dans ce dossier, trois articles qui concernent plus spécifiquement la santé au travail.

Les travailleurs du recyclage exposés à des dangers mortels
R. Edwards
Au Royaume Uni, au cours des neuf dernières années, ce sont 83 travailleurs du secteur du recyclage des déchets qui ont perdu la vie, dont 12 personnes en 2012-2013. Chaque année, 3 000 travailleurs sont blessés (un taux quatre fois supérieur à la moyenne de l’ensemble des secteurs).
Les travailleurs de ce secteur sont également confrontés à des risques insidieux, à long terme provenant des poussières, des métaux toxiques (plomb, mercure, etc..), mais aussi à des infections dus à des déchets tels que aiguilles ou couches jetables.
Ces taux élevés d’accidents du travail, de maladie et de décès sont imputables au nombre très important de PME qui œuvrent dans ce secteur mais aussi à la présence d’intérimaires peu informés des risques. Bien que les bonnes pratiques soient encouragées, le chemin est encore long. Mais les restrictions budgétaires risquent de compliquer la situation. Un contrôle renforcé des pratiques actuelles, la mise en œuvre des règlements en vigueur, des amendes et des peines plus lourdes seraient souhaitables aux yeux de certains. Dans les entreprises affiliées à l’ ESA (Environmental Services Association), une baisse de près de 70% des accidents a été enregistrée mais dans l’avenir, un plus grand nombre de matériaux seront recyclés, ce qui veut dire une plus grande exposition à de nouvelles substances.

Les conditions de travail des éboueurs en Italie
D. Alhaique
En Italie, la situation n’est pas plus enviable. Le tri sélectif imposé par les exigences du respect de l’environnement se réalise avec le même budget qu’autrefois alors que le travail a été multiplié par quatre ; il s’ensuit détérioration des conditions de travail et danger pour la santé. Entre 2009 et 2011, chaque année, 133 balayeurs sur 1000 ont eu un accident de travail (un taux cinq fois supérieur à celui des autres secteurs) et les troubles musculosquelettiques explosent. La réforme des pensions va venir aggraver la situation des éboueurs qui devront travailler jusqu’à 65 ans. Les problèmes ergonomiques doivent être abordés en posant la question de l’organisation du travail, de l’équipement des opérateurs et des facteurs humains tout en améliorant l’implication des représentants des travailleurs pour la sécurité et l’environnement.

"In fine, ce sont des hommes qui trient"
D. Grégoire
Collecter, c’est bien mais après, il faut trier et l’expérience belge rapportée ici est assez parlante. Malgré les campagnes de sensibilisation, une partie de la population ne semble pas consciente que ce sont des hommes qui trient manuellement leurs déchets. Le pré-tri est particulièrement dangereux car il faut éventrer les sacs plastiques et écarter les objets indésirables qui risqueraient de bloquer le matériel. Car des machines existent mais la situation ne s’est guère améliorée : trop de bruit, trop de poussières, effectif réduit et c’est désormais le tapis qui définit le rythme de travail avec une envolée des troubles musculosquelettiques.
En France, les médias ont fait état de problèmes de santé chez certains travailleurs recyclant des écrans d’ordinateurs et des téléviseurs. Une analyse des échantillons de poussières libérées lors du broyage de ces éléments a révélé la présence de composés toxiques en grand nombre. Le médecin du travail s’est heurté au déni de la direction, le CHSCT composé en grande partie de salariés précarisés n’a pas été particulièrement efficace. Cependant, en raison des pressions syndicales, une aspiration a pu être installée. Des plaintes ont été déposées pour faire reconnaitre "le préjudice d’anxiété" et obtenir réparation.

(publié le 29 septembre 2014)