"Drives" de la grande distribution alimentaire : liens entre douleurs ressenties et contraintes biomécaniques et psycho-organisationnelles

J-P. Brion, D. Leclerc, A. Stoufflet Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2018, vol.79, n°4, pp. 501-513. Bibliographie
Entre 2010 et 2013, on note une progression fulgurante des Drives. Les enseignes repensent alors la configuration des locaux et l’organisation du travail en minimisant les surcoûts. La productivité est essentielle et l’objectif est de gagner du temps.
Les employés sont plutôt masculins, jeunes (80% ont moins de 35 ans), sportifs et embauchés majoritairement en CDI mais une bonne partie d’entre eux sont étudiants et travaillent à temps partiel.
Une étude a été réalisée dans 9 Drives à partir de deux outils : une étude ergonomique pour analyser l’activité réelle des salariés et un auto-questionnaire administré aux préparateurs.
Les salariés sont polyvalents (avec le risque d’être interrompu dans leur activité) ou affectés à des tâches définies ; les cadences sont imposées.
La charge physique est importante (2,5 à 4 km/heure dans certains drives) ; le coût cardiaque peut être élevé en raison de la mise en concurrence des salariés entre eux. La manutention est importante (3 tonnes pour 6 h d’activité). _ Les salariés déclarent d’importants déplacements à pied, des gestes répétitifs, une station debout prolongée, des efforts, des ports de charges lourdes, des postures contraignantes (notamment au niveau de d’épaule et du rachis lombaire).
Les salariés se plaignent aussi de contraintes psycho-organisationnelles défavorables (travail sous contrainte de temps, quel que soit le type de drives et pour certaines organisations : interruption des tâches, travail monotone et ne permettant pas d’apprendre).
78,1% des jeunes salariés déclarent au moins une localisation douloureuse, 24,5% se plaignent du haut et du bas du dos, 34% déclarent au moins deux articulations douloureuses sur les trois du membre supérieur et 23,7% déclarent une seule localisation.
Il ressort nettement de cette étude l’importance des facteurs biomécaniques et psycho-organisationnels dans l’apparition de certaines plaintes ostéo-articulaires. La prévention repose sur l’aménagement de l’organisation du travail.
(publié le 30 novembre 2018)