Homicides sur le lieu de travail : une étude autopsique sur une période de 15 ans

T. Houzel, S. Grassin-Delyle, J.C. Alvarez, M. Durigon, G. Lorin de la Grandmaison Journal de Médecine Légale Droit Médical, 2008, vol.51, n°6, p. 279-284. Bibliogr

En l’absence de données récentes relatives aux homicides sur le lieu de travail, les auteurs proposent un état des lieux à partir d’un série d’autopsies médico-légales sur une période de15 ans (de 1993 à 2007), réalisée dans le service d’anatomie pathologique et de médecine légale d’un hôpital d’Île-de-France. Sur les 4 762 autopsies médico-légales réalisées, 21 concernaient des homicides sur le lieu de travail (soit 2,7% de l’ensemble). Les victimes sont majoritairement des hommes (n= 20 soit 95%) exerçant une activité commerciale (n=12 soit 57% des cas) ; les métiers pris pour cible ayant une réserve d’argent ou de biens de valeur rapidement disponible (commerce, restaurant, banque, joaillier). Il s’agissait souvent d’un braquage (47% des cas) avec arme à feu. Le deuxième motif d’agression était l’altercation, avec dans tous les cas la notion d’une dispute verbale et/ou d’un échange de coups ayant précédé l’homicide. Deux cas correspondaient à une altercation entre collègues de travail, alors que dans les autres situations, le ou les agresseurs n’étaient pas connus de la victime. Deux cas s’inscrivaient dans un contexte familial avec irruption des problèmes de la sphère privée dans le cadre de la vie professionnelle. Les résultats de cette étude sont assez similaires à ceux d’une étude réalisée en 2002 à Chicago sur 940 homicides sur le lieu de travail, où l’un des facteurs de risque d’homicide sur le lieu de travail identifié était l’abus d’alcool. Dans cette étude française, il n’a pas été possible de confirmer l’existence de ce facteur de risque, les analyses toxicologiques étant manquantes. Les données de la littérature permettent d’identifier de nombreux facteurs de risques : un lieu de travail ouvert au public, un travail impliquant des transactions d’argent, un travail isolé ou dans une zone géographique à forte criminalité, un lieu où ne travaillent que des hommes ou des employés d’origine ethnique non-européenne, le port d’armes à feu chez les employés. La prévention passe par des mesures visant à éviter les agressions ou à défaut d’en limiter les conséquences si elles surviennent. Elles peuvent être structurelles (intégration de la sécurité dès la conception des locaux, repérage des horaires à risques, barrière physique entre les employés et le public, augmentation de la visibilité de l’intérieur des locaux professionnels par un éclairage externe puissant), organisationnelles (contrôles d’accès, agents de sécurité, prévention de la surcharge de travail et de la souffrance psychologique du personnel, évitement du travail isolé surtout de nuit), humaines (formation du personnel à la gestion d’une situation tendue). Les homicides survenant au temps et au lieu de travail sont considérés comme des accidents de travail.

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(publié le 15 juin 2009)