Intoxication sévère par un insecticide organophosphoré après accident de pulvérisation aérienne

F. Testud, D. Bougon Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol.70, n°4, p.465-470. Bibliographie
Il est rapporté dans cet article l’observation d’un pilote d’avion de 61 ans, victime d’une invraisemblable contamination cutanée par un insecticide à la faveur d’une avarie de son appareil alors qu’il procédait à une campagne de pulvérisation aérienne de produits phytosanitaires dans une zone de rizières au Mali.
Les premiers signes d’intoxication apparaissent au bout de 45 minutes (vomissements). Hospitalisée en fin de journée, la victime est réhydratée par voie orale. Mais 36 h après le crash, le tableau s’aggrave brutalement avec installation d’une confusion mentale, d’une dysarthrie, de troubles de la marche, de troubles respiratoires et d’un état de choc ; l’activité cholinesthérasique est effondrée. L’évolution est lentement favorable mais une semaine plus tard, survient un coma et d’intenses signes muscariniques. Au bout de quinze jours, le sujet va bien et peut rejoindre son domicile.
Le produit utilisé pour cette campagne est le Queletox® , préparation destinée à l’éradication des colonies de queléas à bec rouge, qui pullulent en Afrique et dénommés "mange-mil" par les populations locales. La substance active est le fenthion, un insecticide organo phosphoré (OP) en solution dans des hydrocarbures pétroliers. Ce fenthion inhibe l’acétylcholinestérase ; l’accumulation d’acétylcholine dans la synapse et au niveau de la plaque motrice est responsable des effets muscariniques, nicotiniques et centraux observés.
L’intoxication décrite est inhabituelle eu égard à ses circonstances de survenue, au caractère très retardé de l’apparition de la symptomatologie neurologique, à sa gravité et à son évolution prolongée. Classiquement, l’absorption des OP après contamination cutanée est rapide, a fortiori lorsqu’elle est massive. Les signes cholinergiques apparaissent en quelques heures, deux à trois en moyenne, une dizaine au maximum.
L’existence avant l’accident, d’expositions ayant produit une inhibition asymptomatique des cholinestérases pourrait expliquer la sévérité particulière de l’intoxication, bien que lors de l’interrogatoire rétrospectif, on ne retrouve pas d’éléments en faveur d’une imprégnation significative.
(publié le 2 février 2010)