Asthme aggravé par le travail

C. Paris Références en Santé au Travail, 2015, n°144, pp. 113-125. Bibliographie
L’asthme aggravé par le travail (AAT) est habituellement défini comme un asthme préexistant aux expositions professionnelles mais dont l’évolution des symptômes est influencée par celles-ci.
Sa prévalence médiane est de 21,5% parmi les patients asthmatiques ayant une activité professionnelle ; il est aussi important que l’asthme professionnel proprement dit dont la prévalence est estimée à 15% chez les sujets asthmatiques.
Les agents en cause sont les expositions aux poussières inorganiques (chantiers de construction), aux produits de nettoyage, aux vapeurs d’acide ou de bases, aux solvants ou encore aux fumées de soudage ou d’oxydes métalliques ; mais aussi à certains allergènes tels que isocyanates ou encore agents physiques (froid, efforts).
Le diagnostic repose sur la rythmicité de l’asthme en fonction des activités professionnelles, soit en se fiant à l’auto-perception du sujet sur l’évolution de son asthme, soit en utilisant des échelles validées comme l’ACT (Asthma Control Test), mais les performances de ces critères cliniques restent faibles. Il est possible de pratiquer en complément la mesure répétée du DEP (débit de pointe). Le diagnostic étiologique de l’asthme aggravé et éventuellement de l’asthme lui-même relèvera habituellement du diagnostic spécialisé.
Les AAT ne sont pas moins sévères que les asthmes professionnels (AP) avec une fréquence de consultation du même ordre de grandeur, la même fréquence de symptômes respiratoires et une qualité de vie altérée de la même façon. L’éviction ne retrouve pas d’amélioration chez l’AAT en raison probablement du retard habituel au diagnostic.
La prévention collective repose sur les principes généraux de prévention de l’asthme professionnel, à savoir supprimer ou réduire les expositions aux irritants respiratoires.
La prévention médicale va se concentrer sur le repérage des sujets asthmatiques dont la maladie est influencée par les conditions de travail ; mais la réalisation d’une simple courbe débit-volume n’est pas suffisante pour dépister un AAT, les explorations fonctionnelles pulmonaires pouvant être normales en dehors des crises d’asthme. "Une surveillance médicale rapprochée en collaboration avec le pneumologue traitant ou un centre de consultation de pathologies professionnelles est recommandée afin d’apporter, au cas par cas, la prise en charge la plus adaptée avec un contrôle satisfaisant de l’asthme". Hélas, "la décision d’éviction du milieu professionnel ne pourra pas toujours être évitée".
L’AAT ne figure dans aucun tableau de maladie professionnelle du régime général ou agricole. Toutefois, dans certaines circonstances, une déclaration en maladie professionnelle peut être faite.
En cas de déclenchement d’une crise d’asthme sur le lieu de travail, une prise en charge en accident du travail sera proposée.
(publié le 23 février 2016)