Cancers professionnels

A. Massardier-Pilonchéry, B. Charbotel, J-C. Normand, A. Bergeret Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier-Masson SAS, 92130 Issy-les-Moulineaux, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2012, vol. 8, n°1, 16-532-A-10, 12 pages. Bibliographie

Cet article présente les différents sites de cancers pour lesquels un lien avec des expositions professionnelles est avéré ou probable, à partir d’une importante recherche bibliographique dans pubmed.
Sont passés en revue les cancers thoraciques, les cancers oto-rhino-laryngologiques, les tumeurs digestives, les cancers cutanés, les cancers hématologiques, les cancers gynécologiques, les cancers urologiques, les tumeurs du tissu conjonctif, les tumeurs des glandes endocrines et les cancers du système nerveux central.
Les agents concernés sont divers : agents physiques, substances chimiques, métaux, métalloïdes, rayonnements ionisants.
Certaines professions sont associées à un risque accru de cancer :

  • face au cancer du poumon, les peintres (de l’ordre de 30%), mais aussi les opérateurs de l’industrie de l’aluminium, les métiers exposés aux fumées de soudage ;
  • pour le cancer de la plèvre, les secteurs manipulant l’amiante ;
  • pour les cancers ORL, les menuisiers et les ébénistes, les ouvriers de l’industrie textile, du cuir, de la chaussure, l’industrie du nickel et du chrome (en lien essentiellement avec peintures, laques et colles, poussières de bois ou de cuir, formaldéhyde) ;
  • pour le cancer du foie, les sujets exposés au monochlorure de vinyle, l’arsenic, les radiations ionisantes (secteur de la production de plutonium) ;
  • pour le cancer du pancréas, un risque accru pour les agriculteurs exposés à des pesticides organiques ou les personnes exposées à des solvants chlorés ;
  • pour les cancers cutanés, les professions exposant aux ultraviolets, à des toxiques cutanés (arsenic, dérivés organiques, brai de houille, hydrocarbures polycycliques aromatiques, huiles, gaz moutarde) et aux rayonnements ionisants ;
  • pour les cancers hématologiques, les ouvriers de la chaussure, les pompiers, les travailleurs de l’industrie du caoutchouc, les employés de nettoyage à sec, les agriculteurs et épandeurs d’insecticide, les professionnels utilisant des radiations ionisantes mais aussi selon certaines études, les électriciens, les monteurs et installateurs de lignes téléphoniques, les ingénieurs en électronique, les travailleurs du textile, de l’industrie papetière, de la pétrochimie.
    Les leucémies seraient en lien avec les fluides d’usinage, les produits pétroliers, le butadiène, les champs électromagnétiques, les gaz d’échappement, l’oxyde d’éthylène, les pesticides, les solvants organiques, le styrène ;
    les maladies de Hodgkin sont augmentées dans les professions de santé ou de l’enseignement ;
    les lymphomes malins non hodgkiniens sont augmentés chez les agriculteurs (pesticides) mais aussi dans les centrales électriques, la manipulation des céréales, la métallurgie, le bois, le raffinage du pétrole, les chimistes...
  • les cancers gynécologiques concernent spécialement les institutrices, infirmières, secrétaires, bibliothécaires, employés de bureau et de vente au détail. L ’exposition au travail de nuit favoriserait le cancer du sein ;
  • le cancer du rein est en lien avec les solvants notamment chlorés (trichloroéthylène), les huiles, les fumées de soudage, les métaux, l’amiante) ;
  • le cancer de la vessie est rapporté essentiellement aux amines aromatiques et aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, à l’arsenic
  • le cancer de la prostate concerne surtout les agriculteurs et les salariés travaillant les métaux ;
  • les sarcomes osseux sont en lien avec les radiations ionisantes ;
  • les sarcomes des tissus mous avec les dioxines ;
  • en ce qui concerne la thyroïde, aucune étiologie professionnelle n’est établie ;
  • en ce qui concerne les cancers du système nerveux central, sont citées les radiations ionisantes et non ionisantes, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés N-nitrosés, des produits phytosanitaires, des métaux lourds (plomb), des colorants, des solvants, des agents infectieux (virus simien SV40).

Bien que le nombre de patients indemnisés pour une maladie professionnelle ne cesse d’augmenter (+5,1% entre 2008 et 2009), les cancers professionnels ne sont pas les affections prépondérantes au sein des maladies professionnelles reconnues.
La fraction globale de l’origine professionnelle des cancers se situe actuellement autour de 5% de l’ensemble des cancers et environ 13% de la population active étaient potentiellement exposés à des cancérogènes en 2009.
Il existe probablement une sous-déclaration. L’interrogatoire professionnel est d’une extrême importance lors de la découverte d’un cancer.
Les maladies reconnues professionnelles sont indemnisées.

(publié le 18 mars 2013)