Des risques professionnels contrastés selon les métiers : Enquête SUMER 2010

S. Amira, D. Ast Références en Santé au Travail, 2014, n°140, pp. 29-54. Bibliographie.
Sur le champ de l’enquête SUMER, dix groupes de métiers peuvent être dégagés, qui se différencient du point de vue des conditions de travail qui les caractérisent.
En moyenne, 38% des salariés sont exposés à au moins une contrainte physique intense. Sont particulièrement exposés les métiers d’ouvriers, dont ceux du bâtiment et des travaux publics (BTP), les métiers de l’agriculture ; mais également certains métiers du tertiaire comme les coiffeurs et esthéticiens, les bouchers, les charcutiers, les boulangers (station debout prolongée) ou les caissiers et employés de libre-service et les aides-soignants (port fréquent de charges lourdes).
Une forte exposition au bruit est notée pour les ouvriers du BTP et de l’industrie.
Un travail prolongé sur écran concerne 45% des métiers administratifs, des métiers de l’informatique et des télécommunications, mais 60% des techniciens de la banque et de l’assurance.
33% des salariés sont exposés à au moins un produit chimique dans le cadre de leur travail. Sont surtout concernés, les professionnels de la maintenance, de nombreux métiers industriels, les ouvriers du bâtiment et les ouvriers de la réparation automobile concernés spécifiquement par les produits cancérogènes (gaz d’échappement diesel), mais aussi les professionnels des services aux particuliers et aux collectivités, les professionnels de la santé.
Dans cette exposition, on doit aussi distinguer deux aspects différents : la multi-exposition ou les cas d’exposition longue ou intense.
22% des salariés travaillent au contact d’agents biologiques, notamment les métiers de la santé et de l’action sociale, mais aussi les coiffeurs, les esthéticiens, les agriculteurs, les éleveurs, les bûcherons, les métiers de l’hôtellerie, de la restauration et de l’alimentation.
50% des salariés travaillent le samedi, 33% travaillent le dimanche ou les jours fériés et 15% travaillent la nuit. Les horaires atypiques concernent essentiellement les métiers de la sécurité-défense, de la santé et de l’hôtellerie-restauration, les conducteurs de véhicules et les cadres.
39% des salariés sont soumis à au moins trois contraintes de rythme de travail : cette proportion dépassant 50% pour une vingtaine de métiers dont les ouvriers des industries de process, les industries graphiques, les ouvriers de la manutention qui sont soumis à des contraintes liées aux machines et à une surveillance quasi permanente de la hiérarchie. Certaines catégories subissent des contraintes liées à la demande extérieure, à des normes de production ou à un contrôle informatisé (cuisiniers, agents de maîtrise des industries de process et de la maintenance, employés et techniciens de la banque et des assurances).
73% des salariés disent pouvoir influencer le déroulement de leur travail, 58% règlent seuls le problème en cas d’incident et 34% peuvent changer l’ordre des tâches. Les marges de manœuvre sont particulièrement fortes dans les métiers de cadres ; les métiers les moins dotés de marges de manœuvre sont ceux d’ouvriers.
Certains métiers combinent une faible latitude décisionnelle et une forte demande psychologique. Ils sont particulièrement exposés aux risques psychosociaux et encore plus s’ils manquent de soutien social au sein de leur environnement professionnel.
La demande psychologique regroupe trois dimensions, celle de la quantité-rapidité, celle de la complexité-intensité et celle du morcellement-prévisibilité. Les employés de la banque et des assurances apparaissent les plus "tendus".
Pour 81% des salariés, une erreur dans le travail peut entraîner des conséquences potentiellement graves.
Les agents de la fonction publique déclarent plus de difficultés pour effectuer leur métier correctement.
Des objectifs chiffrés précis à atteindre existent dans les métiers du commerce, de la banque et des assurances.
Les métiers en contact avec le public sont davantage exposés à des situations de tension ou à des comportements hostiles au travail.
Un déficit de reconnaissance au travail caractérise les professionnels des industries de process et les ouvriers de la mécanique et du travail des métaux.
Les ouvriers de l’industrie, du gros œuvre du BTP et les professionnels du transport et de la logistique sont relativement nombreux à juger que le travail est mauvais pour leur santé.
En moyenne 88% des salariés indiquent qu’ils sont dans l’ensemble satisfaits de leur travail. Mais le degré de satisfaction est variable selon les professions. Les moins satisfaits sont les caissiers et les employés de libre-service, les employés et les techniciens de la banque et des assurances et les professions intermédiaires administratives de la Fonction publique. A l’inverse, 95% des agriculteurs, des sylviculteurs, des bûcherons, des bouchers, des charcutiers et des boulangers se déclarent être satisfaits de leur travail.
Les résultats de l’enquête SUMER 2010 font apparaître un clivage ente les métiers qui impliquent une forte demande psychologique et beaucoup de marges de manœuvre - tels les métiers de cadres - et ceux qui imposent des contraintes physiques importantes et exposent à des risques chimiques ou biologiques, - tels les métiers d’ouvriers non qualifiés des industries de process et de la manutention -.
(publié le 20 avril 2015)