Médecins du travail et cancers professionnels : attitudes, opinions et pratiques. Une recherche qualitative dans le Sud-Est de la France

C. Pardon, H. Dumesnil, D. Charrier, B. de Labrusse, C. Lebreton, M.P. Lehucher-Michel, A. Viau, S. Arnaud, M. Souville, P. Verger Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2009, n°6, p.456-465. Bibliographie
Une enquête a été réalisée essentiellement dans les Bouches-du-Rhône et le Var auprès de 20 médecins du travail (choisis en tenant compte de la diversité de cette profession et des situations rencontrées), qui ont bénéficié d’entretiens semi-directifs réalisés par deux psychosociologues spécialisés dans le domaine de la santé au travail. L’objectif était de documenter leurs attitudes, opinions et pratiques sur la prévention, le dépistage et la déclaration des cancers professionnels.
Si les trois quarts des médecins considéraient que leur rôle concernant les cancers professionnels relevait essentiellement, voire uniquement, de la prévention, certains issus pour la plupart des services autonomes, semblaient privilégier une prévention dépassant le cadre strict prescrit, s’intéressant notamment aux habitudes de vie des salariés en dehors de leur travail, "comme s’il ressentaient une insatisfaction vis-à-vis de leur travail et cherchaient une légitimité ailleurs que dans le rôle qui leur est assigné".
Les pratiques de prévention sont également différentes selon les médecins. Les contraintes de temps amènent à procéder à des arbitrages entre la réalisation des visites médicales et les visites d’entreprises et la situation ne peut que s’aggraver du fait de la démographie médicale (les 3/4 des médecins du travail ont plus de 50 ans).
Les pratiques de dépistage sont également variables d’un médecin à l’autre en raison d’un manque d’informations sur les procédures et les tests de dépistage disponibles, le manque de définition des stratégies de dépistage et les contraintes financières limitant la prescription d’examens onéreux.
Quant à la déclaration des cancers professionnels, elle ne leur parait pas relever de leur rôle, d’abord parce que la maladie apparaît souvent à l’âge de la retraite mais aussi parce que les médecins du travail n’ont pas connaissance du dossier médical.
En ce qui concerne la prévention des cancers professionnels, des freins ont été mis en évidence, notamment des freins externes : manque d’implication des employeurs et minimisation des risques par les employeurs et les salariés, mais aussi des freins internes : sentiment de faible autoefficacité et parfois attitude de minimisation des risques de cancers professionnels par les médecins du travail eux-mêmes.
Les résultats de cette étude seront confrontés à une étude quantitative à venir.
(publié le 17 mars 2010)