Pénibilité et usure au travail : comment prévenir ?

C. Roux Travail et Changement, 2009, n°324,p 2-

Aujourd’hui, les pouvoirs publics s’interrogent sur les moyens à mettre en œuvre pour prolonger la vie professionnelle. Un observatoire de la pénibilité a été créé dont l’objectif est de s’intéresser aux contraintes de travail, mais aussi au rôle joué par le ressenti et le vécu des salariés dans des situations de pénibilité. Il paraît important de faire le lien entre le champ ressources humaines et le champ santé ; et cela suppose de s’intéresser aux parcours professionnels. Une réflexion menée au niveau européen montre qu’il faut démédicaliser la notion de pénibilité au profit d’une approche multidimensionnelle et opter pour une définition extensive de la santé en analysant le jugement de pénibilité au regard de chaque histoire personnelle. Le dispositif national Evrest (Evaluation et relations en santé au travail) est un outil à la disposition des médecins leur permettant de mutualiser les informations sur la santé et les conditions de travail des salariés, né d’une réflexion au sein du groupe EADS où médecins du travail et ergonomes se demandaient comment partager les informations liées à la santé des travailleurs. Plusieurs employeurs ou sociétés ont déjà bien avancé sur ce sujet de la pénibilité. A la RATP, un observatoire sur l’exercice des métiers a été lancé. La démarche participative utilisée permet de bien identifier les contraintes. Il faut encore avancer sur la prévention, les conditions de travail, la compensation et la réparation. Les branches du monde hippique ont déjà conclu un accord qui comprend un volet sur la prévention des risques professionnels, un dispositif de départ anticipé dans certaines conditions, la création de logements sociaux et une attention particulière aux apprentis. Une société de recherche végétale, de production et de distribution de plantes et fleurs entreprend une démarche de transition des compétences qui montre rapidement la nécessité d’envisager les parcours professionnels et l’amélioration des conditions de travail pour préserver la santé. Une association d’aide à domicile a enclenché une démarche de prévention des maladies professionnelles et a pour cela recouru à une plus grande professionnalisation des salariés et à une meilleure connaissance des risques de pénibilité liés aux conditions de travail. Une autre entreprise s’est lancé le défi d’agir sur l’organisation du travail, d’observer les conditions de travail et de mettre en place des parcours professionnels pour sauvegarder son savoir-faire. Ailleurs, c’est l’existence de plusieurs cas de troubles musculosquelettiques, témoin d’une pénibilité forte entraînant une usure prématurée. Il est prévu de travailler l’ergonomie des postes et de revoir l’organisation du travail. Tous ces exemples montrent que du côté des entreprises comme des préventeurs, la pénibilité et l’usure du travail sont de réelles préoccupations.

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(publié le 28 juillet 2009)