Recommandations pour la prévention, et la prise en charge de la rhinite allergique professionnelle

J. Ameille, A. Didier, E. Serrano, F. de Blay, O. Vandenplas, A. Coste, M-C. Pujazon, R. Garnieer Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°6, pp.613-622. Bibliographie

Afin de prévenir et de mieux prendre en charge la rhinite allergique professionnelle (maladie inflammatoire de la muqueuse nasale caractérisée par le développement d’une hyperréactivité nasale spécifique à l’égard d’une substance présente sur le lieu de travail), la Société française de médecine du travail, en partenariat avec la Société de pneumologie de langue française, la Société française d’allergologie et la Société française d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie de la face et du cou, a décidé de promouvoir 18 recommandations que nous rapportons ci-après et qui s’adressent aux médecins du travail, aux médecins généralistes, pneumologues, allergologues et ORL.

"Il est recommandé de dépister la rhinite allergique professionnelle, compte tenu de son impact négatif sur la qualité de vie personnelle et au travail, de son évolution fréquente vers l’asthme professionnel et de l’existence de mesures de prévention et de traitement efficaces".

"En milieu professionnel, il est recommandé de faire porter prioritairement le dépistage de la rhinite allergique professionnelle sur les populations exerçant une profession exposant à des allergènes, notamment dans les métiers de la boulangerie, de la coiffure, de la propreté, de certains secteurs de la santé, et de façon plus générale sur les populations dont l’analyse du poste de travail montre qu’ils sont exposés à des allergènes (grade C)".

"Le dépistage de la rhinite allergique professionnelle est particulièrement recommandé pendant l’apprentissage et/ou les deux premières années d’exposition (grade C). Cela pourrait permettre d’intervenir précocement dans le sens d’une réorientation professionnelle, sans conséquence socio-économique majeure".

"Pour les sujets à haut risque de rhinite allergique professionnelle, il est recommandé :

  • aux médecins du travail de rechercher systématiquement par l’interrogatoire à chaque visite, les symptômes caractérisant la rhinite (prurit nasal, obstruction nasale, éternuements, rhinorrhée) et de se renseigner sur leur éventuelle amélioration en dehors du travail ;
  • aux médecins généralistes, de faire cette même recherche, en particulier pour les malades qui ne bénéficient pas de la médecine du travail, tels les artisans (accord professionnel)".

"En présence d’un salarié ou patient se plaignant de signes cliniques évocateurs de rhinite allergique, il est recommandé aux médecins du travail, médecins généralistes, pneumologues, allergologues ou ORL, d’évoquer systématiquement une possible origine professionnelle (accord professionnel)".

"Compte tenu de la spécificité insuffisante de l’interrogatoire pour affirmer l’origine professionnelle de la rhinite, il est recommandé de confirmer par des méthodes objectives le diagnostic de rhinite allergique et la relation possible avec l’activité professionnelle (accord professionnel)".

"Il est recommandé de faire procéder à une endoscopie nasale par un médecin ORL, pour éliminer les pathologies respiratoires nasosinusiennes, autres que la rhinite, en cas de diagnostic incertain, de symptômes unilatéraux, d’échec de la prise en charge thérapeutique initiale (accord professionnel)".

"En présence de signes de rhinite et en l’absence de signes de complications sinusiennes, aucun examen d’imagerie n’est justifié en première intention (accord professionnel)".

"Lorsque la responsabilité d’un allergène professionnel de haut poids moléculaire (principalement protéine animale ou végétale) est suspectée au cours de l’entretien médical, il est recommandé de rechercher une sensibilisation à cet allergène par des tests cutanés (prick tests) ou la réalisation de tests d’IgE-réactivité sérique (grade C)".

"Lorsque le diagnostic de rhinite allergique professionnelle ne peut pas être étayé par les examens immunologiques et lorsque l’allergène suspecté s’y prête, il est recommandé d’adresser le patient dans un centre spécialisé qui posera l’indication éventuelle d’un test de provocation nasale spécifique (accord professionnel)".

"En cas de suspicion clinique forte de rhinite allergique professionnelle, lorsque le diagnostic causal ne peut être étayé par des tests immunologiques (prick tests ou dosage d’IgE spécifiques) et qu’un test de provocation nasale avec l’allergène suspecté ne peut être réalisé, il est recommandé de discuter une évaluation de la réponse nasale sur les lieux de travail par la mesure de scores de symptômes et l’étude des variations de la perméabilité nasale par des mesures répétées du débit inspiratoire de pointe nasal (accord professionnel)".

"La réalisation d’épreuves fonctionnelles respiratoires comportant, en l’absence de trouble ventilatoire obstructif réversible, la mesure de la réactivité bronchique non spécifique (par un test à la métacholine ou à l’histamine) est recommandée chez les sujets atteints de rhinite allergique professionnelle, pour identifier les sujets à haut risque d’asthme professionnel (grade B)."

"L’arrêt complet et précoce de l’exposition à l’allergène responsable de la rhinite professionnelle est recommandé (grade B).

"Lorsque l’étude du poste et des conditions de travail montre que l’arrêt complet de l’exposition à l’allergène responsable de la rhinite allergique professionnelle n’est pas envisageable sans d’importantes conséquences socio-économiques pour le patient ou ne recueille pas l’adhésion de celui-ci, il est recommandé d’essayer d’obtenir une diminution de l’exposition par des techniques appropriées, et de l’associer à un traitement médical adapté assorti d’un suivi renforcé (grade C)".

"Il est recommandé de traiter les rhinites allergiques professionnelles selon les même modalités que celles utilisées pour les rhinites allergiques non professionnelles, en conformité avec les recommandations nationales internationales (grade B)".

"En l’état actuel des connaissances, il n’est pas recommandé de recourir à une immunothérapie spécifique pour les rhinites allergiques professionnelles, hors essais cliniques (grade B)".

"Il est recommandé de prévenir la rhinite allergique professionnelle par la suppression ou, à défaut, la réduction de l’exposition aux allergènes potentiellement sensibilisants (grade A)".

"Il est recommandé de ne pas utiliser des marqueurs d’atopie ou des tests génétiques dans le but de repérer les sujets à haut risque de rhinite ou d’asthme professionnels et de les écarter de certains emplois (grade C)".

(publié le 12 avril 2012)