Santé au travail
Les dangers qui guettent les salariés

S. Delattre, S. Germain Liaisons Sociales magazine, 2009, n°100, p.75-82

Depuis l’affaire de l’amiante, les risques professionnels sont mieux identifiés et maîtrisés. Mais cela ne doit pas faire illusion : l’InVs (institut national de veille sanitaire) prévoit un pic de mortalité lié à l’amiante entre 2020 et 2030. Cependant, les pathologies liées à l’amiante ne sont pas toutes mortelles : en effet, les ¾ des 6292 maladies professionnelles reconnues en 2007 sont des lésions pleurales bénignes et des fibroses interstitielles. Il en résulte que les pathologies liées à l’amiante se classent au deuxième rang des maladies professionnelles en termes de maladies reconnues, mais au premier rang en termes de coût pour l’assurance maladie. 1/3 des maladies de l’amiante vient du BTP et notamment des petites entreprises peu sensibilisées au risque hors les chantiers de désamiantage. Mais pendant ce temps, un nouveau risque prend de l’ampleur. Les fibres céramiques réfractaires utilisées en lieu et place de l’amiante sont à présent classées par les instances européennes, cancérigènes de catégorie 2, et on continue à en consommer plus de 2 000 tonnes chaque année. En ce qui concerne les substances CMR, le risque est mieux maîtrisé sauf dans les PME. 40% seulement des établissements utilisant encore des CMR ont pratiqué une évaluation des risques et dans 30% des cas la prévention se limite au port de protecteurs individuels. Quant aux TMS, leur nombre ne cesse d’augmenter en lien avec les facteurs biomécaniques, environnementaux et les risques psychosociaux. Les activités les plus génératrices de ces pathologies sont l’industrie du bois, le commerce alimentaire, l’industrie chimique et la plasturgie, la métallurgie et le BTP. Si globalement les facteurs biomécaniques sont en baisse, d’autres facteurs progressent tels que « le rythme de travail de plus en plus soutenu, les sollicitations extérieures, les interruptions urgentes, le travail haché », tout cela fait que le secteur tertiaire devient lui aussi pourvoyeur de TMS. D’une manière générale, les risques psychosociaux sont en augmentation se traduisant par des affections de l’appareil locomoteur, une souffrance psychique, des troubles de l’audition. Malheureusement, la prise en charge de ces malades est encore trop souvent individuelle. Les premiers résultats de l’enquête SAMOTRACE* donnent des pistes intéressantes plaçant différents secteurs d’activité en ligne de mire : la production d’électricité, de gaz et d’eau, l’administration, les activités financières, les services sociaux et personnels et toutes les métiers en contact direct avec le client. Le risque nucléaire semble sous contrôle encore que « la mise en cause de la fiabilité des laboratoires de mesures d’EDF est toutefois venue jeter le trouble sur les conditions dans lesquelles ces mesures sont effectuées ». Il est probable également que le démantèlement des centrales nucléaires de la première génération puisse générer de nouveaux types de risques.Et ce n’est pas tout. Il reste « le monde inconnu des nanoparticules » et 300 000 personnes seraient en France, au contact de nanomatériaux dont on ne connaît pas encore les effets sur la santé mais aussi « l’inquiétant mystère des ondes » avec 36 000 stations GSM installées dans l’Hexagone et personne ne peut dire aujourd’hui quels sont les risques encourus par les salariés directement exposés.

*étude menée par l’Institut de veille sanitaire en collaboration avec 120 médecins du travail des régions Centre, Poitou-Charentes, Pays de la Loire et Rhône-Alpes. Bilan final prévu fin 2010

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(publié le 28 juillet 2009)