Travail
Du bonheur à l’enfer

J-F. Dortier Sciences Humaines, 2012, n°242, pp. 30-49. Bibliographie
Pourquoi travaille-t-on ?
De très nombreux témoignages sont rapportés dans cet article ; on peut les résumer ainsi : "on travaille pour gagner sa vie, pour exister socialement, pour accomplir des tâches qui nous intéressent". Mais ces motivations ont des revers qui poussent certains à fuir, d’autres à s’engager plus intensément. En fait, il existe "toute une série d’attitudes qui vont de l’enthousiasme au dégoût avec toute une gamme de variations intermédiaires’.
Il est certains métiers peu considérés socialement mais qui constituent pour ceux dont c’est la tâche, une véritable passion. Il n’y a pas lieu de les dénigrer mais au contraire, il faut reconnaître le courage de ceux qui se sont laissés porter par leurs envies même si leurs occupations sont moins gratifiantes à nos yeux que d’autres professions auxquelles ils auraient pu prétendre.
La souffrance au travail peut survenir lorsque l’activité est empêchée ou que les salariés sont contraints de réaliser des choses indéfendables à leurs yeux ou que le collectif et les solidarités sont affaiblis par l’exaltation de la performance individuelle.
Si le bonheur au travail existe bien, il est une "violence ordinaire", banale quasiment invisible faite des petites lâchetés quotidiennes, des brimades, des petites humiliations, des conflits larvés qui enveniment les relations au travail. Elle n’est ni ostensible ni démonstrative mais s’inscrit dans une négation de l’autre en toute innocence et toute bonne conscience. Les causes en seraient elles les nouvelles organisations du monde du travail qui poussent l’idée de performance toujours plus loin, qui mettent en place ratios, normes qualités, indicateurs efficience, coupes budgétaires ... ? Sans nier l’effet système, il paraît important d’identifier ceux qui se prêtent à de telles pratiques et s’interroger sur le comportement des uns et des autres.
(publié le 14 janvier 2013)