Le modèle biopsychosocial : de quoi parle-t-on ?

V. Guêné Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2018, vol.79, n°2, pp.161-167. Références

Ce terme biopsychosocial est souvent employé dans les écrits portant sur les pathologies chroniques.
Les premières traces d’un modèle biopsychosocial remontent à Engel (à la fin des années 1970) qui le décrit comme une façon de comprendre comment la souffrance et la maladie sont affectées par de multiples niveaux d’organisation. Ce modèle permet de considérer la subjectivité du patient comme pouvant contribuer à la précision du diagnostic et à l’amélioration de son état de santé, contrairement au modèle biomédical qui ne conçoit la maladie qu’en termes de paramètres biologiques.
La maladie ne serait donc pas uniquement de l’ordre de la pathologie objectivable mais elle serait aussi de l’ordre du vécu des patients et l’inclusion des dimensions psychologiques et sociales est nécessaire à la prise en charge. En effet, la manifestation de la maladie provient de l’interaction de plusieurs causes qui agissent à des degrés divers selon les patients, ce qui expliquerait la variabilité des expressions cliniques de la maladie. Il importe "d’aménager une place au modèle biomédical tout en le complétant par l’apport de niveaux plus complexes". Cette approche systémique fournit une solution de type intégratif. Chaque niveau présent (de la molécule à la biosphère) est pensé comme un système à part entière possédant ses propres qualités et sa propre organisation. "Mais un niveau possède aussi une double vie de système et de composante d’un système plus large et de nouvelles caractéristiques se créent au niveau supérieur qui ne sauraient se dissoudre entièrement dans les caractéristiques du niveau précédent".

Il est prouvé que le traitement rationnel de la maladie (ciblé sur l’anomalie biologique) ne permet pas toujours de restaurer la santé même en face de progrès mesurables. Le succès du traitement serait "conditionné à l’habileté du médecin à influencer le comportement du patient dans une direction concordante avec ce qu’il estime de ses besoins en termes de santé". A terme, il appartient au médecin d’évaluer ce qui relève de son action pour le réorienter si besoin vers des pratiques non médicales. Ce modèle permet donc un choix plus important et plus pertinent des traitements.
Les meilleurs enseignants du modèle sont les médecins qui cumulent une approche biomédicale et ont une expertise dans les dimensions psychosociales de leur domaine d’exercice. "Cette expertise prend tout son sens en santé au travail pour la compréhension des risques psychosociaux, la prise en charge de certaines pathologies chroniques comme la lombalgie et l’amélioration de la qualité de vie au travail".

(publié le 31 mai 2018)