Oeil et risques professionnels

M. Boulanger Encyclopédie médico-chirurgicale - Pathologie professionnelle et de l’environnement, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, 2019, vol.14, n°3, 16-525-A-10, 8 pp. Références

La première partie de cet article précise les rôles et missions du médecin du travail.
Dans certaines circonstances, le médecin du travail a besoin de l’avis spécialisé d’un ophtalmologue en cas d’accident de travail touchant l’œil, ou pour le maintien d’un salarié à un poste de sécurité, ou lors de la découverte d’une pathologie impactant la fonction visuelle sur l’accès ou le maintien en emploi d’un salarié.

Les atteintes ophtalmologiques d’origine professionnelle sont nettement dominées par les accidents du travail principalement liés

  • soit au contact de l’œil avec un corps étranger (de nature métallique, minérale ou organique) ou des projections oculaires (composés acides ou basiques potentiellement non dilués imposant un avis ophtalmologique en urgence après lavage abondant de l’œil à l’eau pendant au moins 15 minutes, paupières relevées) ;
  • soit à une exposition massive et brutale à des radiations : "coup d’arc" chez les soudeurs (kératite superficielle, résolutive en 48 h avec le traitement approprié),
  • soit par intoxication au méthanol par ingestion ou inhalation induisant une neuropathie optique, bilatérale pouvant conduire à un baisse importante de l’acuité visuelle en 30 minutes à 3 jours et pouvant induire une cécité.

Les atteintes oculaires d’origine professionnelle représentent une part minime des maladies reconnues d’origine professionnelle.
Elles sont en lien avec

  • un risque chimique :
    • trouble de la vision des couleurs non encore bien élucidé en cas d’exposition au styrène, au n-hexane, au perchloroéthylène, au toluène ou au sulfure de carbone,
    • des intoxications aux métaux : mercure (merucalientis), fer ou cuivre induisant un risque toxique rétinien
    • des substances irritantes ou sensibilisantes induisant des conjonctivites.
    • les pesticides : excès de dégénérescence maculaire
    • les productions de corticostéroïdes : cataracte ou glaucome chronique
  • un risque physique :
    • les rayonnements ionisants avec risque de cataracte auto-induite principalement sous-capsulaire postérieure mais aussi blépharites, conjonctivites, kératites radio-induites
    • les rayonnements non ionisants : association mélanome oculaire et soudure et association mélanome oculaire et cuisinier retrouvées dans une seule étude.
  • un risque biologique : avec les éventuelles complications ophtalmologiques d’une pathologie infectieuse contractée au travail (zona ophtalmologique par exemple).

Les maladies professionnelles sont reconnues au titre des tableaux si les conditions sont réunies sur le principe de la présomption d’origine, sans tenir compte d’autres facteurs de risques ou des comorbidités.
Hors présomption d’origine, le dossier est soumis au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).

Dans certaines circonstances, il est judicieux d’orienter le salarié vers les centres de consultation de pathologie professionnelle ( CCPP) ou vers les services régionaux ou interrégionaux d’appui aux adultes déficients visuels ou de lui conseiller la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

(publié le 17 mars 2020)