Une histoire de la médecine du travail

P. Berche Editions Docis, octobre 2019, 215 pp.

La médecine du travail a déjà une longue histoire.
2500 ans avant l’ère chrétienne, Imothep, médecin égyptien rapporte blessures et troubles musculosquelettiques dont souffrent les esclaves bâtisseurs de pyramides. Hippocrate invite les médecins à s’intéresser aux métiers de leurs patients. Grecs et Romains dénoncent les risques qu’encourent certaines professions.
Il n’est pas que les médecins, à s’émouvoir de la santé des travaileurs. Citons des écrivains : Plaute, Pline, des poètes (Juvenal et Martial) ou des architectes.
Au 13e siècle, Arnaud de Villeneuve, médecin exerçant à Montpellier s’est intéressé aux maladies des artisans en dénonçant les risques de certains travaux.
Au 16e siècle, deux précurseurs, les médecins Agricola et Paracelse se penchent sur le sort des mineurs d’Europe Centrale qui meurent prématurément ; mais le "père de la médecine du travail" est Bernardino Ramazzini qui répertorie dans son ouvrage "Essai sur les maladies des artisans", publié en 1700, plus de 50 professions dont il donne une définition précise.
La révolution industrielle (19e siècle) qui va de pair avec la productivité à outrance est une période cruelle pour les travailleurs qui vivent une terrible régression sociale (notamment avec la loi Le Chapellier). Il faut attendre Charles Turner Thackrah en Angleterre, puis Louis-René de Villermé en France pour faire évoluer les conditions de travail et lutter contre l’exploitation des enfants dans les mines et les filatures.
Le corps des inspecteurs de travail est créé et la médecine du travail devient une discipline à part entière.

Cette histoire raconte aussi de manière chronologique, le cheminement des principales maladies professionnelles emblématiques qui émaillent notre histoire : la silicose, les maladies liées à l’amiante, les cancers professionnels, le saturnisme, l’hydrargyrisme, mais aussi d’autres pathologies plus singulières : l’ostéonécrose de la mâchoire due au phosphore blanc chez les fabricants d’allumettes (qui passaient de longues heures penchés au-dessus de cuves d’où s’échappaient des vapeurs toxiques), ou les fractures spontanées chez des femmes peignant avec un mélange de radium, d’eau et de colle, les numéros des montres avec des pinceaux qu’elles effilaient avec leur bouche.
Il ne faut pas oublier les mystérieuses épidémies professionnelles qui ont aujourd’hui un nom : la "peste des marins", qui n’est rien d’autre que le scorbut, l’anémie des mineurs dont on a perçu l’étiologie lors du percement du tunnel ferroviaire du Saint Gothard et qui correspond à l’ankylostomiase ; enfin la maladie de Bradford sévissant chez les trieurs de laine que John Henry Bell attribua au charbon.

Mais l’histoire de la médecine du travail n’est pas terminée. De nouveaux risques apparaissent et d’autres chapitres restent à écrire concernant le travail intellectuel, dématérialisé ou virtuel, les risques psychosociaux, le stress, le télétravail, les écrans de visualisation, et tant de choses encore à découvrir.

Ce livre passionnera les médecins du travail soucieux de connaitre ceux qui ont fait l’histoire de cette discipline si attachante car soucieuse du bien-être de l’individu au travail, mais aussi tous ceux qui s’intéressent à cette profession à la croisée de nombreuses spécialités médicales.

(publié le 10 décembre 2020)