A propos de trois cas groupés d’oncocytomes rénaux sur un même site industriel chimique

J. Saillant, I. Biat, G. Boudet, C. Maublant, A. Chamoux Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2010, vol.71, n°4, pp.688-694. Bibliographie.
Une entreprise pratiquant une activité d’organosynthèse de vitamines et d’acides aminés en particulier la synthèse de vitamine A, vitamine E et méthionine fait actuellement l’objet d’investigations épidémiologiques par le département santé au travail de l’Institut national de veille sanitaire car neuf carcinomes ont été découverts entre 1994 et 2002, d’abord fortuitement puis par échographie systématique. Au 31 décembre 2009, 31 carcinomes ont été dépistés dans cette entreprise dont majoritairement des carcinomes à cellules claires et des carcinomes papillaires, ainsi que que trois oncocytomes et un angiomyolipome.
Les trois cas d’oncocytomes (dont deux ont été découverts par dépistage échographique systématique) ont été particulièrement étudiés et les observations sont rapportées dans cet article. Les cas ont été observés avec un délai de latence allant de 11 à 19 ans. Les sujets avaient respectivement 54, 60 et 56 ans et tous ont eu une néphrectomie. La demande de reconnaissance en maladie professionnelle a été refusée.
L’oncocytome est une tumeur bénigne dénuée de tout potentiel métastatique, rare, et dont le diagnostic est fait le plus souvent de manière fortuite, ou parfois sur des données cliniques (hématurie, lombalgie, masse palpable). Aucune étiologie n’est à ce jour définie pour cette pathologie.
Le fait que coexistent dans cette usine des tumeurs bénignes et des carcinomes rénaux est un argument supplémentaire de l’existence d’un pouvoir cancérogène des produits utilisés.
Les hypothèses actuelles s’orientent vers le rôle potentiel des molécules chlorées et parmi elles du chloracétal C5. Cette molécule est un intermédiaire de synthèse dans un nouveau process pour la synthèse de la vitamine A : le procédé Navas (nouvelle vitamine A de synthèse).
Il convient dès lors d’informer largement les utilisateurs sur les risques potentiels de cette molécule ou plus généralement du procédé Navas et de mettre en œuvre tous les moyens de prévention et de protection du personnel.
Les auteurs proposent la création d’un nouveau tableau de maladie professionnelle dans lequel les lésions primitives rénales, confirmées par examen histopathologique, seraient associées au process global de synthèse de la vitamine A par la voie du chloracétal. Cela suppose qu’un lien formel soit établi. Une liste indicative de travaux pourrait mentionner la fabrication, l’emploi, la manipulation et la maintenance exposant aux produits du process entier. Le délai de prise en charge pourrait être de 30 ans avec une durée minimale d’exposition d’au moins un an.
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(publié le 9 décembre 2010)