Affections respiratoires professionnelles chez les personnels de nettoyage

N. Rosenberg Documents pour le Médecin du Travail, 2011, n°128, pp. 683-694. Bibliographie
Le nettoyage des locaux représente un secteur d’activité particulièrement à risque de rhinites, asthmes et de syndromes asthmatiformes. Les agents de nettoyage sont en France, la profession la plus souvent concernée par ces affections avant même les boulangers ou pâtissiers.
De nombreuses études épidémiologiques, des observations cliniques documentées mettent en avant un certain nombre de produits à incriminer : des détergents (tensioactifs), des adoucissants de l’eau (agents chélateurs), des agents alcalins, des acides, des inhibiteurs de corrosion, des nettoyants de surface, des encaustiques, des désinfectants, des conservateurs, des parfums et fragrances.
Le diagnostic en milieu de travail repose sur l’interrogatoire ; il fait préciser les caractéristiques de survenue des symptômes et la symptomatologie (rhinoconjonctivite et/ou asthme et ou dyspnée asthmatiforme, voire dyspnée d’effort).
Pour trouver la cause, il est important de lister l’ensemble des produits employés. En effet, de très nombreux composants peuvent être en cause. Il est indispensable de consulter les fiches de sécurité sachant que les données qu’elles contiennent sont de qualité variable, et de demander l’avis des centres antipoison ou de l’INRS.
Le diagnostic sera confirmé en milieu spécialisé. Le mécanisme physiopathologique dans l’asthme professionnel dû aux produits de nettoyage n’étant pas immunoallergique, il n’y a pas lieu de réaliser des tests cutanés réactiniques ou des tests allergologiques sérologiques aux produits incriminés. Le terrain atopique attesté par la positivité des prick-tests spécifiques et la détection d’IgE spécifiques pour les acariens de l’environnement confirmera la responsabilité de l’empoussièrement du lieu de travail surtout si la symptomatologie est rythmée par certaines tâches de nettoyage.
Les tests d’exposition spécifique reposent sur le test de provocation nasale et le test de provocation bronchique
En pratique, le diagnostic de rhinite et d’asthme professionnels est fait sur la conjonction d’une symptomatologie chronologiquement liée à la présence sur le lieu de travail, ou à certaines opérations de travail particulièrement polluantes.
La rhinite professionnelle peut rester isolée et guérir (ce qui prévient de l’apparition de l’asthme professionnel) ou se compliquer d’un asthme, hélas bien souvent persistant, malgré l’éviction.
La prévention est dès lors essentielle et doit porter sur la formation et l’information des salariés, le remplacement des produits très irritants et la suppression des applications par pulvérisation chaque fois que possible.
La reconnaissance médico-légale de l’origine professionnelle de ces affections est obtenue sur les seuls critères d’exposition à un composant inscrit sur un des tableaux de maladie professionnelle et de chronologie compatible, avec toutefois la nécessité de faire la preuve de l’asthme par un résultat fonctionnel respiratoire.
Si l’asthme survient au décours immédiat d’une exposition aiguë intense à un ou plusieurs irritants, une déclaration d’accident du travail doit être effectuée.
(publié le 30 janvier 2012)