Affections respiratoires professionnelles non infectieuses chez les personnels de piscines et centres de balnéothérapie

E. Penven Références en Santé au Travail, 2013, n°136, pp. 145-160. Bibliographie.
Les chloramines, divers produits de nettoyage et de désinfection des locaux, des agents organiques sont susceptibles d’engendrer des manifestions respiratoires de mécanisme immunoallergique ou non chez le personnel des piscines et autres lieux de loisirs aquatiques ou de soins.
Les chloramines proviennent de la dégradation des produits chlorés utilisés pour la désinfection des piscines, en raison de la présence de matières organiques apportées par les baigneurs.
Les symptômes rapportés par le personnel de ce secteur d’activité sont principalement rhino-conjonctivaux et respiratoires et sont bien corrélés avec les niveaux de mesures atmosphériques réalisées, le sur-risque d’irritation survenant pour des concentrations en chloramine supérieures à 0,5 mg.m-3, voire 0,3mg.m-3.
Les trois cas d’asthme décrits dans la littérature ne peuvent s’expliquer par l’action purement irritative des trichloramines sur la muqueuse bronchique et évoquent une probable réaction immunologique spécifique associée sans pouvoir en préciser la nature.
Des cas de pneumopathie d’hypersensibiité (PHS) surviennent préférentiellement de façon épidémique chez des personnes utilisant ou travaillant au contact de bassins à remous, favorisés par la température élevée de l’eau et l’insuffisance de désinfection et de ventilation des installations.
Il n’existe pas de test immunologique permettant d’objectiver une sensibilisation allergique aux chloramines ; il en est de même pour la plupart des composants des produits de nettoyage et de désinfection.
Lorsqu’une rhinite allergique est suspectée, un test de provocation nasale peut être réalisé mais un résultat positif ne peut préjuger du mécanisme d’action en cause.
La prévention de ces affections passe par le choix d’une technique de désinfection n’utilisant pas le chlore mais le brome sous sa forme chimique pure, l’ozone et le chlorhydrate de polyhexaméthylène biguanide ; mais leur utilisation est marginale en raison du coût, d’un pouvoir désinfectant plus faible et de leur toxicité propre. Il est possible aussi de dégager la trichloramine présente dans l’eau par l’installation au niveau du bac tampon d’un système de strippage (technique particulièrement efficace).
Il faut encourager l’amélioration de l’hygiène des baigneurs (douche savonnée, passage aux toilettes avant d’entrer dans l’eau, port du bonnet de bain), limiter les sources d’agitation dans le bassin et réguler la température de l’eau de baignade.
Le débit d’air neuf devrait être de 60 m3.h-1 minimum par occupant.
Le personnel des services techniques susceptible d’être exposé à des dégagements de gaz irritants ou d’aérosols d’eau potentiellement contaminée portera un appareil de protection respiratoire adapté.
A l’embauche, les sujets atopiques porteurs de rhino-conjonctivite ou d’asthme ne seront pas exclus de ces métiers mais bénéficieront d’un suivi rapproché afin de mettre en place rapidement les mesures de prévention secondaire.
Plusieurs tableaux du régime général permettent la réparation des rhinites et asthmes professionnels provoqués par les produits chlorés ou les produits de nettoyage.
Une déclaration en accident de travail est possible en cas de manifestations de rhino-conjontivite ou d’asthme survenant au décours d’un accident d’exposition à des vapeurs irritantes.
(publié le 18 février 2014)