Allergies aux persulfates alcalins

C. Géraut, L. Géraut Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2016, vol.11, n°1, [Article 16-020-A-10], 8 pages. Bibliographie

Historiquement, les persulfates de sodium et de potassium étaient utilisés en boulangerie dans la pâte à pain comme agent de levage. Actuellement, ils sont utilisés en coiffure comme accélérateurs de décoloration et fixateurs de permanentes, induisant des contacts étroits et fréquents pour cette profession.
Ils sont utilisés également dans différentes industries, mais les contacts y sont alors limités.
Ces persulfates sont responsables de dermatites de contact : dermites irritatives, eczémas de contact par hypersensibilité retardée et urticaires de contact.
Ces produits ont également des propriétés irritantes modérées pour les voies ariennes et la muqueuse oculaire et provoquent rhinite allergique (survenant au travail les jours où ces produits sont manipulés) et asthme (se produisant d’emblée ou dans un délai de quelques semaines ou mois). L’âge, le sexe féminin, les antécédents atopiques, l’intensité et la durée de l’exposition sont des facteurs favorisants. Pour les agents exposés de façon prolongée, le risque est celui d’une persistance de l’asthme à distance de l’éviction complète.
Des cas (rares) de choc anaphylactique ont été rapportés y compris après pratique de tests épicutanés.
Le diagnostic repose sur les prick tests à réaliser avec prudence, en milieu spécialisé et la recherche d’immunoglobulines de type E.
La rhinite sera explorée par rhinoscopie antérieure et il existe des tests spécifiques, mais qui ne sont pas d’usage courant.
En cas d’asthme, il y aura lieu de rechercher un terrain atopique et de pratiquer des épreuves fonctionnelles respiratoires (spirométrie, courbe débit-volumes, test de réversibilité) complétées par un test de provocation bronchique à la recherche d’une hyperactivité bronchique non spécifique. Radiographie des poumons et lavage bronchio-alvéolaire peuvent compléter l’examen.
Ces dermatoses et asthmes respiratoires obligent généralement les sujets atteints à changer d’activité surtout en cas d’asthme professionnel (3 ans après le diagnostic d’asthme professionnel, 44% des sujets exposés ont quitté leur travail et 25% sont sans emploi).
La prévention est donc indispensable.
L’objectif est :

  • la limitation de l’intensité et de la durée des expositions au poste de travail (ventilation, organisation du travail, hygiène des mains, lavage soigneux des instruments et du matériel, utilisation de formes compactes plutôt que pulvérulentes des persulfates),
  • l’éviction des contacts avec les persulfates (dépistage précoce, traitement et suivi de la rhinite allergique afin de prévenir la survenue de la maladie asthmatique, port de gants en nitrile).

Les sujets atopiques n’ont pas de prédisposition à la "sensibilisation" par les persulfates alcalins mais la présence d’une dermatite atopique évolutive représente un facteur de mauvais pronostic de l’eczéma professionnel.

La réparation se fait au titre des tableaux n°65 et 66 du Régime général des maladies professionnelles. En 2012, sur 105 047 salariés de la coiffure, ont été notifiées 93 nouvelles déclarations au titre de l’eczéma professionnel et 298 nouvelles déclarations au titre des rhinites et asthmes professionnels. En plus d’une très probable sous-déclaration, ces chiffres ne concernent que les salariés du régime général et excluent les coiffeurs non salariés pour lesquels il n’existe pas de données.

(publié le 9 mai 2016)