Asthme professionnel aux sulfites

E. Penven Références en Santé au Travail, 2014, n°138, pp.109-122. Bibliographie.
Les sulfites sont utilisés dans de très nombreuses activités dont l’industrie alimentaire, l’industrie pharmaceutique, la cosmétologie, ou bien d’autres secteurs (blanchisserie, fabrication de pâte à papier, tannerie, teinturerie).
Les premiers cas d’intolérance après ingestion de boissons, aliments ou médicaments riches en sulfites ont été rapportés au début des années 70 et les données de la littérature font état d’éruptions cutanées urticariennes et eczématiformes, de troubles intestinaux, de poussées hypotensives voire de chocs anaphylactiques mais les manifestations les plus fréquentes sont des crises bronchospastiques aiguës survenant chez des sujets asthmatiques.
En revanche, il n’y a pas de données épidémiologiques concernant l’asthme professionnel induit spécifiquement par les sulfites.
Sur le plan physiopathologique, plusieurs hypothèses ont été proposées sans qu’aucune ne soit suffisante pour expliquer la diversité des phénomènes et la variabilité des manifestations. L’intolérance aux sulfites pourrait au moins partiellement s’expliquer par le biais d’une interférence avec les voies métaboliques de l’acide arachidonique aboutissant à un déséquilibre de production de prostaglandines pro-inflammatoires et à une surproduction de leucotriènes. Les sulfites pourraient également avoir une action agoniste sur le récepteur B2 pulmonaire de la bradykinine favorisant ainsi la bronchoconstriction et la production de mucus.
Le diagnostic positif est basé sur l’interrogatoire rapportant des manifestations survenant de façon progressive ou paroxystique au cours de la journée de travail et sur la mesure répétée du débit expiratoire de pointe de façon pluriquotidienne sur plusieurs semaines, voire sur un suivi spirométrique rapproché sur le lieu de travail.
L’examen sera complété par le dosage des IgE totales et la réalisation de prick-tests aux pneumallergènes courants de l’environnement. Le diagnostic étiologique repose sur un test de provocation nasale spécifique (en cas de rhinite allergique) ou bronchique réaliste (en cas d’asthme).
L’évolution des asthmes est variable et la pérennisation de l’asthme pourrait être liée à une réexposition environnementale (alimentation riche en sulfites, pollution urbaine riche en SO2).
Les salariés doivent être informés des risques et des précautions à observer et formés à l’utilisation des solutions sulfites. La prévention technique repose sur la substitution ou à défaut sur la réduction de l’exposition respiratoire aux sulfites et au SO2 qui peut être libéré lors de leur manipulation. Des dosages atmosphériques au poste de travail doivent être effectués régulièrement. Un appareil de protection respiratoire adapté (filtre de type E) peut être nécessaire.
A l’embauche, le médecin du travail n’exclura pas a priori les sujets atopiques, mais leur état de santé respiratoire sera surveillé et l’examen clinique sera complété d’une EFR.
Les rhinites et asthmes professionnels en lien avec une exposition habituelle aux sulfites et bisulfites peuvent être réparés au titre du tableau n°66 du régime général de la Sécurité sociale ou du tableau n°45 pour les salariés du régime agricole.
Une déclaration au titre d’accident de travail sera effectuée en cas de manifestations cliniques survenant au décours d’un accident d’exposition à des vapeurs irritantes de SO2.
(publié le 6 novembre 2014)