Asthme professionnel avec et sans période de latence

J-L. Malo, L. De Guire, F. Labrèche, M. Labrecque, D. Gautrin Encyclopédie Médico Chirurgicale, Elsevier Masson- Pathologie professionnelle et de l’environnement, 16-535-G-20, 2010, 17 p. Bibliographie
Plus de 15% des asthmatiques mentionnent que "leur asthme est pire au travail". On parle alors "d’asthme exacerbé ou aggravé par le travail (AaT). Cet AaT représente la majorité des cas d’asthme. Dans une autre catégorie de cas, l’asthme est directement causé par le milieu de travail. Il s’agit "d’asthme professionnel" (AP). L’AP est de deux types : l’AP avec période de latence nécessaire à l’acquisition de la sensibilisation allergique (80 à 90% des cas). L’AP sans période de latence survient après un ou des accidents inhalatoires dans le milieu professionnel. Pour estimer l’incidence des asthmes professionnels, sont utilisés les réseaux de médecins sentinelles, les données médicolégales obtenues des organismes d’indemnisation ou les études épidémiologiques de terrain conçues dans cet objectif. Les taux d’incidence de l’AP varient entre 19 et 92 cas par million de travailleurs par année selon les pays. Les peintres et les boulangers-pâtissiers représentent les taux les plus élevés. Les principaux secteurs économiques ou industries à risques sont ceux de l’alimentation, de l’agriculture et de l’industrie chimique, du bois et du métal.
Sont déterminants pour le développement de l’AP : la susceptibilité de l’individu, les caractéristiques de l’exposition au travail à l’agent sensibilisant et dans certaines circonstances, le tabagisme.
L’AP est une maladie que l’on doit et que l’on peut prévenir.
Les mesures de protection visent l’élimination du produit à la source, la modification du procédé ou le confinement. L’élaboration du programme de prévention doit adopter une conduite multidisciplinaire d’analyse de risque.
La prévention primaire vise à l’élimination des travailleurs atopiques : elle n’est ni justifiée, ni éthique. La prévention secondaire privilégie une identification précoce de la sensibilisation, des symptômes de la maladie. Elle doit nécessairement être accompagnée d’une approche environnementale. La prévention tertiaire doit viser à limiter la détérioration ou même à améliorer l’état clinique et fonctionnel en s’assurant que le travailleur n’est plus exposé à l’agent causal.
Poser un diagnostic d’AP engendre des conséquences sociales et financières importantes. Faut-il demander à un jeune travailleur de quitter son emploi et de réorienter sa carrière professionnelle ? Peut on laisser au travail, un sujet atteint d’AP avec risque de détérioration de sa santé ? Il est donc très important de confirmer le diagnostic : évaluation de l’hyperexcitabilité bronchique non spécifique, examen sérié du calibre bronchique par le débit de pointe, caractérisation de l’inflammation bronchique par l’expectoration induite et la mesure du monoxyde d’azote expiré, bilan allergologique par des tests cutanés ou la quantification des IgE spécifiques pour les agents protéinés, tests de provocation bronchique spécifiques.
Selon les auteurs, "les programmes de réadaptation sociale devraient privilégier non pas une compensation financière seulement pour couvrir les pertes dues au chômage, mais plutôt une véritable prise en charge sociale avec aide à la recherche d’emploi, incluant au besoin un apprentissage dans une autre profession ". Enfin, il ne faut pas oublier que la majorité des travailleurs atteints d’AP présentent des séquelles permanentes.
(publié le 25 août 2010)