Asthme professionnel dans l’industrie de la crevette : une cause peut en cacher une autre

M.H. Bados, S. Delattre D. Pinot, M.P. Lehucher-Michel La Presse Médicale, 2008, vol.37, n°12, p.1819-1821

Il est rapporté dans cet article l’observation d’un homme de 36 ans, préparateur de commandes depuis 13 ans dans une entreprise de conditionnement de crevettes, et dont le travail quotidien consistait à décongeler en continu des crevettes crues. Il déversait dans le bac régulièrement et manuellement, à hauteur de ses voies aériennes, du métabisulfite de sodium (MBS) sous forme liquide (qui est un sel de SO2 utilisé comme agent conservateur). Le travail s’effectuait en continu en ambiance humide, saline et relativement froide. Outre les aspirations par le haut, il était mis à disposition des opérateurs des masques à cartouche et des gants en latex non poudrés. Deux ans plus tôt, ce patient s’était plaint d’une forte irritation pharyngée attribuée par le médecin du travail à la manipulation de MBS. Le port régulier d’EPI n’avait rien changé à ce problème qui avait persisté. Un mois avant de se présenter à la consultation de pathologie professionnelle, il a présenté une dyspnée expiratoire sur son lieu de travail et a signalé que l’ingestion de crevettes lui occasionnait de forts picotements pharyngés tandis que le contact cutané provoquait de l’urticaire. Les EFR étaient normales mais le test de provocation bronchique à la métacholine était positif. Si le diagnostic d’asthme professionnel est bien établi , il est difficile d’établir la cause exacte de cet asthme du fait de la complexité des aérosols présents dans les atmosphères de travail. Un test cutané à la crevette fraîche s’est avéré positif en classe 3 avec un taux d’IgE spécifiques à 3,9 KU/L. Le diagnostic d’allergie respiratoire IgE dépendante à la crevette fut suspecté mais face au risque anaphylactique, le test de provocation bronchique n’a pas été proposé au patient.

Ce dernier a refusé par ailleurs de réaliser le test de provocation au MBS (qui n’est pas dénué de risque). Une enquête menée dans l’entreprise a permis de recenser un cas de rhinite et d’asthme professionnel au MBS au même poste de travail. Dans ces deux cas, le MBS pourrait représenter un simple facteur déclenchant des symptômes respiratoires d’un asthme induit par les protéines de crevettes. On peut également s’interroger sur l’induction éventuelle d’une sensibilisation aux pneumallergènes chez le premier sujet, compte tenu des travaux ayant souligné les interactions possibles entre les pneumallergènes courants et les irritants connus de la pollution atmosphérique.

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(publié le 6 avril 2009)