Cancers cutanés et bronchopulmonaire chez un viticulteur après expositions répétées à l’arsénite de soude

M. Kergresse, P. Rucay, C. Pajot, M. Guillier, Y. Roquelaure Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°3, pp.281-284. Bibliographie
Il est rapporté dans cet article, une observation concernant un homme de 62 ans, fumeur, ouvrier viticole à la retraite, porteur de kératoses actiniques profuses et de plusieurs carcinomes épidermoïdes, mais aussi d’un carcinome bronchique épidermoïde lobaire inférieur gauche, ayant justifié une pneumectomie gauche, complétée d’une chimiothérapie et d’une radiothérapie.
Une enquête professionnelle a permis d’identifier l’exposition à des phytosanitaires, de nombreux fongicides et en particulier de l’arsénite de sodium appliqué de cinq à dix jours pleins à la fin de chaque hiver aux pieds des vignes, pendant environ 25 ans.
La maladie professionnelle a été reconnue au titre du tableau n°10 (Régime agricole) bien que le tabagisme du patient et l’exposition solaire aient joué un rôle déterminant dans ces pathologies ; il est fort probable selon les auteurs que l’arsenic n’ait agi que comme cofacteur dans l’initiation de ce cancer dont la genèse revient principalement au tabac.
L’arsénite de sodium est un dérivé de l’arsenic utilisé à visée fongicide dans la viticulture. La contamination et l’imprégnation des ouvriers viticoles se faisant par inhalation des particules générées par les dispositifs de pulvérisation puis déglutition secondaire ; mais aussi par la contamination des mains ou d’objets souillés portés à la bouche ou par l’alimentation, que le tracteur soit équipé ou non d’une cabine.
Les dérivés minéraux de l’arsenic sont classés agents cancérogènes avérés par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), les organes cibles étant la peau et le poumon.
Devant l’impossibilité de protéger efficacement les ouvriers de l’imprégnation, l’arsénite de soude a été interdit d’utilisation en 2001 sans même que des mesures transitoires d’écoulement des stocks aient été prévues.
Le risque d’intoxication aiguë subsiste par conduite suicidaire ou accident de déconditionnement du fait de restes de stock.
Dans la pratique, lors de la cessation d’exposition à l’arsénite de soude, une attestation d’exposition au risque doit être remise au salarié, remplie par l’employeur et le médecin du travail et précisant notamment la nature, le niveau et la durée de l’exposition. Doivent y figurer les principales constatations médicales ainsi que les éventuels dosages biométrologiques effectués.
Une surveillance post-professionnelle serait souhaitable comme cela se pratique dans le régime général de la sécurité sociale. Il faut aussi garder en mémoire cette étiologie de cancers cutanés ou bronchopulmonaire chez les travailleurs de la vigne, le délai de prise en charge de ces affections étant de 40 ans.
(publié le 5 octobre 2011)