Dermatite de contact professionnelle chez les personnels de nettoyage

M-N. Crépy Références en Santé au Travail, 2012, n°131, pp. 129-142

La dermatite de contact en particulier au niveau des mains est fréquente dans le secteur du nettoyage du fait de l’exposition à de nombreux allergènes contenus dans les produits de nettoyage, de désinfection, dans les équipements de protection individuelle mais aussi en lien avec le le milieu humide (qui concerne 50% du temps de travail).
Les allergènes responsables de dermatite de contact allergique sont :

  • les additifs du caoutchouc contenus dans les gants en caoutchouc naturel (latex) et synthétique et présents dans les poignées de chariots de ménage (allergie aux thiourées des poignées en néopréne de chariot) ;
  • les biocides (conservateurs, désinfectants) qui entrent dans la composition des produits de nettoyage, des désinfectants, des produits d’hygiène cutanée utilisés sur le lieu de travail (savons, etc.) et de certains produits lustrants.
    Parmi eux, le Kathon CG, mélange de méthylchloroisothiazolinone et de méthylisothiazolinone (MCI/MI) est l’un des biocides les plus utilisés dans les produits industriels dont les détergents et les cosmétiques.
    La méthylchloroisothiazolinone est de plus en plus utilisée et de surcroît à des concentrations plus importantes que dans le Kathon CG malgré son classement comme allergène fort, pouvant entraîner une sensibilisation dès le premier contact.
    Les ammoniums quaternaires sont surtout responsables de dermatites d’irritation de contact mais néanmoins le chlorure de benzalkonium fréquemment incriminé reste un sensibilisant cutané rare.
  • les parfums de plus en plus présents dans les produits de nettoyage ;
  • les tensioactifs ;
  • les métaux (nickel et sels de chrome).

Les allergènes responsables d’urticaire de contact/dermatite de contact aux protéines sont principalement le latex des gants en caoutchouc et les biocides.

L’incidence annuelle des dermatoses professionnelles dans 24 groupes professionnels est de 34 pour 10 000 personnes dans le groupe comprenant les employés de maison, de nettoyage et de restauration. Une étude réalisée à partir de 4 993 questionnaires distribués dans 37 entreprises de nettoyage montre un eczéma des mains rapporté par 28% du personnel versus 18% dans le groupe témoins. Parmi le personnel hospitalier, la prévalence de l’eczéma des mains est de 29,7% chez les infirmières, 32,1% chez les élèves infirmières, 27,1% chez les aides soignantes et 19,1% chez le personnel de nettoyage.
Le diagnostic étiologique devant une suspicion de dermatite de contact repose sur la pratique des tests épicutanés avec la batterie standard européenne recommandée par l’European Contact Dermatitis Reserach Group (ECDRG) et selon l’activité professionnelle par les batteries de test spécialisés et les tests avec les produits professionnels dont la composition est connue.
Le diagnostic d’une urticaire de contact repose sur la pratique de prick-tests, associée ou non à la recherche d’IgE spécifiques.
La prévention technique sera en premier lieu collective (substitution des produits les plus irritants par des substances de moindre risque, automatisation des opérations, propreté de l’environnement de travail, information et formation au personnel).
Elle sera de surcroît individuelle, reposant sur la réduction maximale du contact cutané avec les irritants. Les gants recommandés sont les gants de protection réutilisables, doublés de coton, larges et sans thiurame. Il est conseillé d’éviter les gants médicaux à usage unique pour le nettoyage, surtout lors d’immersion des mains dans des produis chimiques.
La réparation de ces affections se fait au titre de plusieurs tableaux de maladies professionnelles en fonction des substances chimiques entrant dans la composition des produits utilisés.

(publié le 22 novembre 2012)