Dermatite professionnelle dans le secteur de l’électronique

M.N. Crépy Références en Santé au Travail, 2013, n°134, pp.145-160. Bibliographie.
Le secteur de l’électronique comprend la fabrication de circuits électriques intégrés à semi-conducteurs et de circuits imprimés, le montage des cartes à circuit imprimé et l’assemblage d’appareils contenant des cartes électroniques.
Bien que ce secteur soit presque complètement automatisé, des risques cutanés spécifiques existent particulièrement lors des activités de nettoyage, réparation et maintenance.
La plupart des études épidémiologiques répertoriant l’électronique comme secteur à risque de dermatoses professionnelles proviennent d’Asie. Dans la majorité des cas, il s’agit de dermatites de contact d’irritation et de dermatites de contact allergiques. Dans les autres cas, il s’agit d’exacerbations de dermatites atopiques, de dermatites en lien avec des traumatismes itératifs ; les urticaires de contact sont exceptionnelles (anhydrides d’acides cycliques).
Il existe un risque de brûlures thermiques ou chimiques (acide fluorohydrique) et de réactions potentiellement graves d’hypersensibilité au trichloréthylène, comparables aux toxidermies médicamenteuses.
En Europe, le réseau EPIDERM de surveillance des dermatoses professionnelles par les dermatologues de Grande-Bretagne rapporte une moyenne de 21 cas de dermatoses professionnelles par an chez les assembleurs de produits électriques entre 2006 et 2008.
Les principaux facteurs incriminés sont pour les irritants : les solvants, les acides et les bases, les flux de soudure, les huiles solubles, les fibres de verre et les frottements mécaniques, et pour les allergènes : les résines époxy et acrylates, les flux de soudure, les additifs du caoutchouc, le nickel, le chrome et la colophane.
L’exploration d’une dermatite de contact allergique suppose la pratique des tests épicutanés à condition qu’ils ne soient pas irritants. Ils comprennent la batterie standard et selon l’activité professionnelle les batteries de tests spécialisés, plus éventuellement les tests semi-ouverts.
L’exploration d’une urticaire de contact doit privilégier les prick-tests, le dosage de IgE d’anhydrides d’acides, les tests ouverts avec le produit professionnel incriminé.
Le pronostic est variable selon les causes de la dermatite et la possibilité de mise en place d’une prévention.
L’urticaire aux anhydrides d’acides impose un changement de poste de travail du fait du risque de développer un asthme professionnel.
La prévention sera d’abord collective : identification des agents irritants et allergisants, automatisation des opérations, substitution des produits les plus toxiques, ventilation générale des locaux, respect des précautions de stockage, information du personnel sur les risques cutanés.
La prévention sera ensuite individuelle : gants adaptés à l’activité et aux produits manipulés, et pour l’exposition à l’acide fluorhydrique : gants spécifiques, écrans de protection, appareil de protection respiratoire, vêtements et bottes antiacides.
La prévention médicale suppose la rédaction d’un protocole de premiers secours.
La réparation se fait au titre de différents tableaux des maladies professionnelles du régime général ; les brûlures thermiques peuvent être déclarées en accidents de travail.
(publié le 14 octobre 2013)