Dermatites de contact professionnelles dans le secteur de l’esthétique

M.N. Crépy Références en Santé au Travail, 2014, n°137, pp. 151-168. Bibliographie

Les dermatoses professionnelles sont fréquentes chez les professionnels du secteur de l’esthétique. Il s’agit essentiellement de dermatites de contact d’irritation et/ou allergiques et plus rarement d’urticaires de contact.

Les principaux irritants sont le travail en milieu humide, les détergents (nettoyage fréquent des mains, nettoyage des surfaces et des instruments), les désinfectants, les huiles essentielles, les résines et diluants d’onglerie, les solvants.

Pour ce qui est des dermatites de contact allergique, les allergènes des cosmétiques sont le plus souvent en cause notamment :

  • les conservateurs de cosmétiques tels que le formaldéhyde et les libérateurs de formaldéhyde, les isothiazolinones (spécialement la méthylisothiazolinone particulièrement sensibilisante), et les parabènes (de plus en plus remplacés par la méthylisothiazolinone en raison de campagnes médiatiques les ayant accusés d’être responsables de cancers de sein et de troubles hormonaux),
  • les parfums et huiles essentielles des cosmétiques ;
    les mécanismes de sensibilisation aux parfums sont complexes : certaines molécules se comportent en haptènes ayant la capacité de se lier à des protéines porteuses de la peau, formant l’antigène complet, d’autres dites pro-haptènes deviennent des haptènes après des étapes de métabolisation, d’autres encore appelées pré-haptènes ont un potentiel sensibilisant augmenté après exposition à l’air du fait d’une oxydation ;
    les huiles sont principalement composées de dérivés terpéniques et les principaux allergènes sont les produits d’oxydation ;
  • les acrylates et méthacrylates surtout chez les professionnels de l’onglerie et les esthéticiennes posant des faux cils,
  • la colophane,
  • les plantes et bois contenus dans les masques de beauté,
  • les émollients et émulsifiants,
  • les colorations de cils et sourcils et les colorations capillaires,
  • les vernis à ongles,
  • les objets métalliques libérant des sels de nickel et le port de gants en caoutchouc provoquant une allergie aux additifs de vulcanisation.

Les urticaires de contact sont en lien avec des parfums et des conservateurs de cosmétiques ou des produits capillaires.
Il existe des cas d’urticaire immunologique en lien avec la manipulation de masques de beauté à base de plantes, notamment de fleurs de camomille et de tilleul.

Le diagnostic des dermatoses processionnelles repose sur l’examen clinique, l’anamnèse et le bilan allergologique.
La dermatite de contact d’irritation chez les esthéticiennes est souvent chronique se présentant sous la forme de lésions érythématho-squameuses, parfois fissuraires avec sensation de brûlures ou de picotements, touchant principalement le dos des mains et des espaces interdigitaux. Poignets, avant-bras mais aussi visage peuvent être touchés. Les tests épicutanés sont la méthode de référence pour identifier les allergènes responsables (batterie standard européenne et selon l’activité professionnelle, les batteries de tests spécialisés).
L’urticaire de contact se manifeste par des papules et/ou des plaques érythémato-oedémateuses à bords nets, avec prurit intense. Le diagnostic repose sur la pratique de tests ouverts et de prick-tests associés à la recherche d’IgE spécifiques.

La prévention sera d’abord collective : identification des agents irritants et sensibilisants, substitution par des substances de moindre risque, ventilation générale des locaux, mesures d’évitement de l’oxydation des produits parfumés, information du personnel sur les risques.
La prévention sera ensuite individuelle : réduction du travail en milieu humide, lavage des mains à l’eau tiède en évitant l’eau chaude, rinçage soigneux et séchage, port de gants de protection pour les tâches en milieu humide sur des périodes courtes, port de gants en coton, non-usage de bagues et utilisation de solutions hydroalcooliques, application d’émollients avant, pendant et après le travail.
La prévention médicale passe par un rôle de conseil du médecin du travail dans l’éducation des salariés exposés aux irritants et allergènes cutanés. Une allergie aux acrylates ou méthacrylates suppose une éviction complète du contact avec les allergènes positifs.
Des écoles de l’eczéma ont été créées où les patients apprennent à appliquer correctement les soins et à éviter l’exposition aux irritants et allergènes.
La réparation se fait en fonction de différents tableaux, les n° 65, 43, 49 et 15 bis.

(publié le 29 septembre 2014)