En finir avec le saturnisme professionnel : intérêt de la plombémie cumulée

P. Salignac, D. Leclerc Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2011, vol.72, n°3, pp.256-260. Bibliographie
Les avancées législatives et les améliorations des conditions de travail ont beaucoup diminué les expositions professionnelles. Ainsi en un siècle, on est passé d’une maladie grave et fréquente (500 ±100 hospitalisations) avec une mortalité de 2%, à un trouble rare essentiellement biologique.
Mais une publication récente tend à considérer de plus en plus le plomb comme un facteur de risque dans l’apparition différée de pathologies plus banales (pathologies cardiovasculaires, neurologiques centrales ou rénales).
C’est ainsi que le plomb se fixe rapidement et durablement sur le squelette et que le plomb osseux est relargué en permanence en fonction de facteurs variés parallèles aux mécanismes de remaniement osseux (post-ménopause, grossesse, etc.).
La mesure directe de ce plomb osseux est possible par la fluorescence X (notamment au niveau du tibia et du calcanéum). Bien que cette méthode soit fiable, précise, ambulatoire et facile à mettre en œuvre, elle est peu utilisée en France.
Le test classique de plomburie provoquée est maintenant tombé en désuétude, contraignant et dangereux.
Mais on peut obtenir une bonne approche de ce plomb osseux par le calcul de la plombémie cumulée qui se mesure en µg/années/décilitre et se définit comme le produit de la plombémie et de la durée d’exposition ou comme la somme des plombémies annuelles. "Cet indice dégage une bonne vision d’ensemble et fournit un résumé éloquent de la situation dans laquelle se trouve l’opérateur".
La valeur seuil sur laquelle les auteurs paraissent d’accord est de 15 à 20 µg/g d’os tibial, ce qui correspond selon les auteurs à 400 µg/années/dl, voire 600 µg/années/dl.
Une enquête menée auprès de 275 opérateurs ayant une ancienneté de 25 ans dans une usine de batteries révèle que 28 % des sujets présentent une plombémie cumulée supérieure à 800 µg/années/dl et 11% une plombémie cumulée supérieure à 1000 µg/années/dl. Bien qu’aucun cas de saturnisme n’ait été déclaré parmi ces salariés, il faut s’interroger sur le fait que certains d’entre eux auront une pathologie différée dans laquelle le plomb aura joué un rôle.
Il est dès lors important de diminuer encore pour les personnes exposées au plomb, les valeurs actuellement admises en milieu professionnel.
(publié le 5 octobre 2011)