Hémopathies malignes d’origine professionnelle

F. Questel Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 2011, 16-530-A-10, 12 pages. Bibliographie
Les hémopathies sont des syndromes prolifératifs qui touchent les cellules hématopoïétiques.
On distingue les leucémies aiguës (proliférations monoclonales anarchiques des précurseurs hématopoïétiques peu différenciés, les blastes) et les leucémies chroniques (hyperproduction monoclonale de cellules bien différenciées issues de la lignée lymphoïde ou myéloïde).
Les lymphomes correspondent à une prolifération maligne des cellules lymphoïdes ganglionnaires.
Les myélomes se définissent par une prolifération de plasmocytes associée à la production d’immunoglobuline monoclonale.
Le benzène et les radiations ionisantes sont les seuls toxiques professionnels dont le potentiel leucémogène est reconnu. A ce titre, les leucémies, les syndromes myéloprolifératifs et les myélodysplasies survenant après une exposition cutanée ou respiratoire au benzène ou produits en renfermant peuvent être reconnues et indemnisées en tant que maladies professionnelles (tableau 4 du régime général ou tableau 19 du régime agricole).
Les hémopathies liées aux radiations ionisantes (anémie, leucopénie, lymphopénie, syndrome hémorragique et leucémies) sont indemnisées au titre des tableaux n°6 du Régime général ou du n°20 du Régime agricole.
Le nombre de leucémies reconnues en maladie professionnelle (39 en 2004) est selon la Ligue contre le cancer, sous estimé par rapport à la réalité (200 cas annuels). Le nombre de leucémies aiguës en cas d’exposition à de faibles doses (inférieures à 10 ppm-année) de benzène reste controversé.
Des incertitudes demeurent en ce qui concerne d’autres toxiques (oxyde d’éthylène, pesticides, champs électromagnétiques(CEM), agents infectieux) sachant que le lien entre LNH (lymphome non hodgkinien) et pesticides est le moins controversé. De même, le lien entre leucémies à tricholeucocytes et pesticides est bien argumenté. Par contre, il n’est pas possible de conclure à l’existence d’un lien de causalité entre exposition professionnelle aux CEM et survenue de leucémie.
Que penser des hydrocarbures de substitution du benzène : toluène ou xylène, utilisés en France depuis le début des années 1970 ? Les études contradictoires et les études de cancérogénicité rassurantes rendent peu probable le risque d’association entre l’exposition professionnelle à ces hydrocarbures aromatiques de substitution du benzène et le risque d’hémopathies malignes.
Le système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles hors tableau et la conservation des dossiers médicaux de santé au travail suffisamment longtemps après la fin de l’exposition professionnelle devraient permettre dans l’avenir, d’augmenter le nombre d’hémopathies malignes reconnues en pathologie professionnelle et de faire évoluer la législation. En attendant, le recours à des produits de substitution doit être privilégié dès que le doute existe.
(publié le 26 octobre 2011)