Injustices dans la déclaration des cancers pulmonaires liés a l’amiante : influence de la stigmatisation du tabagisme et de la spécialité, de la charge de travail et de la perception du rôle des médecins

Inequities in reporting asbestos-related lung cancer : influence of smoking stigma and physician’s speciality, workload and role perception P. VERGER, S. ARNAUD, S. FERRER, G. IARMARCOVAI, M.L. SALIBA, A. VIAU, M. SOUVILLE Occupational and Environmental Medicine, 2008, vol.65, n° 6, p. 392-397. Bibliographie

L’objectif de cette étude française était d’étudier les barrières des médecins vis-à-vis de la déclaration des maladies professionnelles pour les cancers liés à l’amiante, en se concentrant sur le stigmate des fumeurs et la spécialité ainsi que sur la perception du rôle des médecins.

Les auteurs provençaux ont réalisé une enquête transversale par téléphone auprès de 486 médecins tirés au sort parmi des généralistes et des pneumologues du Sud-Est de la France. Des questionnaires standardisés exploraient leur comportement, leurs attitudes et leurs pratiques dans le domaine de la santé au travail ainsi que leurs réponses à un cas vignette d’un patient ayant un cancer du poumon ainsi qu’une longue exposition professionnelle à l’amiante. Des sous-groupes randomisés de généralistes et de pneumologues entendaient des versions alternatives qui variaient seulement en ce qui concerne le statut du travailleur vis-à-vis du tabac. Les auteurs ont étudié les facteurs associés avec la recommandation que le patient cas vignette fasse une demande de reconnaissance de maladie professionnelle auprès de sa caisse de sécurité sociale au moyen de régressions logistiques simples et multiples.

Le taux de réponse a été de 64,4% parmi les généralistes et de 62,5% parmi les pneumologues. Le fait de recommander de remplir une demande de reconnaissance de maladie professionnelle était significativement associé dans les régressions logistiques multiples avec la spécialité (OR 4,46 ; IC 95% 2,38 à 8,37 ; pour les pneumologues versus les généralistes), le statut du patient vis-à-vis du tabac (OR 3,15 ; IC 95% 2,11 à 4,70 ; pour les non fumeurs versus les fumeurs), la charge de travail du médecin (OR 1,83 IC 95% 1,17 à 1,88 ; pour < 25 consultations par jour versus > 25) et la perception du rôle (OR 2,00 ; IC 95% 1,22 à 3,27 ; pour ceux qui considéraient le fait de compléter des certificats médicaux de maladie professionnelle comme faisant partie de leur rôle versus ceux qui ne le pensaient pas).

En conclusion, les résultats de cette enquête française apparaissent applicables à de nombreux pays et à de nombreux contextes. Pour rendre les médecins et particulièrement les généralistes plus attentifs à la santé au travail et au stigmate du tabagisme, les décideurs et les enseignants doivent donner à ces sujets une priorité plus élevée au cours de la formation initiale et de la formation médicale continue. Des outils et un équipement qui prennent en compte les contraintes de temps devraient être développés et diffusés pour aider les médecins à gérer les maladies professionnelles.

09A0106

(publié le 3 février 2009)