L’uranium induit-il des maladies circulatoires ? Premiers résultats d’une cohorte française de travailleurs de l’uranium.

Does uranium induce circulatory diseases ? First results from a French cohort of uranium workers I. Canu, J.P. Garsi, S. Caër-Lorho, S. Jacob, P. Collomb, A. Acker, D. Laurier Occupational and Environmental Medicine, 2012, vol 69, n°6, pages 404-409. Bibliographie.

Un risque augmenté de maladies du système circulatoire (MSC) a été observé chez les travailleurs manipulant de l’uranium et du plutonium en Russie et au Royaume-Uni. Le présent travail français étudie la mortalité par MSC après une absorption chronique d’uranium chez 2 897 travailleurs (79 982 personnes-années) dans une usine de transformation de l’uranium (1960-2006) en France.

L’exposition cumulée à différents composés de l’uranium, classés par leur composition isotopique et leur type de solubilité, a été quantifiée en se basant sur une matrice emploi-exposition spécifique à l’usine et sur les histoires professionnelles individuelles. Les ratios de risque (HRs) et les intervalles de confiance à 95 % (IC 95 %) associés pour les MSC (n = 11) ainsi que les catégories de MSC spécifiques ont été estimés au moyen de modèles de régression de Cox, stratifiés selon le sexe et l’année de naissance et ajustés selon les facteurs potentiels de confusion. L’effet du tabagisme a été analysé chez 260 fumeurs (42 décès par MSC).

Par rapport aux travailleurs non exposés, la mortalité par MSC était augmentée chez les travailleurs exposés à l’uranium retraité lentement soluble (UR) (HR = 2,13 ; IC 95 % = 0,96 à 4,70) et à l’uranium naturel (HR = 1,73 ; IC 95% = 1,11 à 2,69). Le risque augmentait avec l’exposition cumulée et la durée de l’exposition. Dans le sous-groupe des fumeurs, les estimations de risque étaient plus élevées mais avec des intervalles de confiance plus importants : HR = 1,91 (IC 95 % = 0,92 à 3,98) pour l’uranium naturel et HR = 4,78 (IC 95 % = 1,38 à 16,50) pour l’uranium retraité.

En conclusion, les auteurs ont observé que l’exposition à l’uranium lentement soluble, nommément uranium retraité, peut augmenter le risque de mortalité par MSC. Cependant, ces résultats sont préliminaires du fait que l’enquête manque de puissance statistique et que de nombreux autres facteurs biologiques et liés au mode de vie peuvent être à l’origine de MSC, des investigations plus détaillées sont nécessaires pour confirmer ces résultats et analyser en profondeur les effets de l’exposition aux radiations internes sur le système circulatoire.

(publié le 29 novembre 2012)