Les effets respiratoires d’une exposition chronique et subaiguë à l’hydrogène sulfuré : rapport des cas de salariés de stations d’épuration des eaux usées

A. Vidal, J-F. Blanchemain, C. Verdun-Esquer, M. Rinaldo, P. Brochard Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2012, vol.73, n°5, pp. 799-805. Bibliographie.

Dix salariés de stations d’épuration des eaux usées ont été vus en consultation de pathologie professionnelle d’un CHU, à la demande du médecin du travail devant l’apparition de symptômes respiratoires et/ou d’altération de spirométries effectuées lors des visites périodiques de médecine du travail.
7 étaient électromécaniciens d’une station des eaux usées industrielles d’une papeterie et exposés sur leur poste de travail à H2S, méthane, dioxyde de soufre, diméthylacétamide, mercaptans, composés organiques volatils.
3 étaient pilotes de sécheur thermique travaillant sur deux stations des eaux usées urbaines et exposés à H2S, acide chlorhydrique, gaz ammoniac, mercaptans, chlore, acide sulfurique, soude et composés organiques volatils.
Ces trois stations d’épuration étaient des stations innovantes sur le plan technique.

Les mesures effectuées montrent que les salariés sont exposés de façon chronique à l’H2S (surtout en station d’épuration des eaux industrielles) avec quelques épisodes d’exposition subaiguë, mais aussi à d’autres aérocontaminants présents en moindre importance.
S’il est déjà bien connu que le travail en station d’épuration des eaux usées conduit à une exposition à l’H2S, elle est inférieure à ce qui a été rencontré sur ces trois stations qui utilisaient de nouveaux process d’épuration. _ H2S est toxique par inhalation, responsable d’irritation des muqueuses oculaires et respiratoires dès 100 ppm avec céphalées, nausées, sialorrhée et perte de connaissance brève. Une exposition à 500 ppm entraîne coma avec hypotension, œdème pulmonaire et troubles du rythme cardiaque. Le décès survient pour une exposition au-delà de 1 000 ppm.
La valeur limite à court terme (valeur limite d’exposition) est de 10 ppm et la valeur limite d’exposition professionnelle sur huit heures (valeur moyenne d’exposition) est de 5 ppm.

7 cas d’asthme professionnel imputable à l’exposition à l’H2S ont été diagnostiqués. Le diagnostic d’asthme a été porté pour deux autres salariés mais l’origine professionnelle n’a pas été retenue en raison du manque de rythmicité des symptômes par le travail.
6 salariés ont été reconnus en maladie professionnelle au titre du tableau n°66 du régime général de la sécurité sociale. Un salarié n’a pas souhaité effectuer cette déclaration.
Trois salariés de la station d’épuration des eaux usées industrielles ont bénéficié d’un reclassement professionnel en station d’épuration urbaine, trois ont négocié leur départ vers un autre secteur d’activités, le dernier a cessé les astreintes sur la station.
Les trois salariés des stations d’épuration des eaux usées urbaines sont restés en poste avec des aménagements.

(publié le 28 décembre 2012)