Lien entre exposition professionnelle au trichloroéthylène et risque de cancer du col utérin ; étude exploratoire

C. Confavreux-Romestaing, B. Charbotel, P. Muller-Beauté, J. Févotte, A. Massadier-Pilonchéry, A. Bergeret. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol.70, n°4, p.417-424. Bibliographie
Différentes études épidémiologiques sont en faveur d’un lien entre l’exposition professionnelle au trichloroéthylène (TCE) et le risque de cancer du col utérin. Le TCE est un solvant chloré appartenant aux hydrocarbures aliphatiques halogénés, classé dans le groupe 2A, cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en 1995 et catégorie 2 selon la réglementation européenne. Le TCE est en grande partie utilisé pour le dégraissage des métaux, en particulier dans l’industrie du décolletage. La vallée de l’Arve (Haute-Savoie) assure actuellement 65% de cette activité. Une étude exploratoire rétrospective a été réalisée à partir de données médicales et professionnelles recueillies au cours d’une année par un médecin du travail suspectant un agrégat de cancers chez les femmes exposées. L’étude s’est appuyée sur l’évaluation de l’exposition ancienne ou actuelle au TCE ; les cas retenus étaient les femmes ayant un antécédent de conisation du col utérin. Le facteur socio-économique a été pris en compte.
Parmi les 777 femmes vues en visite médicale, 206 femmes ont été exposées (26,5%) d’âge moyen 40,4 ans. Ces femmes exposées sont essentiellement des ouvrières (69,4%). Sur 18 salariées ayant rapporté un antécédent de conisation, 11 sont considérées par le médecin du travail comme ayant été exposées professionnellement au TCE.
Une augmentation statistiquement significative du risque de conisation est identifiée en lien avec l’exposition au TCE (OR = 4,55 [1,88-11,00] ; p < 0,001). Ce risque reste élevé après ajustement sur le niveau social faible de certaines catégories socioprofessionnelles (OR = 3,95 [1,36-11,49] ; p < 0,05).
Mais après réévaluation des expositions professionnelles au TCE, les OR sont à des niveaux inférieurs et ne sont plus statistiquement significatifs.
Dans cette étude, il n’y a pas d’informations sur le statut HPV des femmes, qui est pourtant le principal facteur de risque pour le cancer du col utérin.
Une nouvelle étude a donc été entreprise comportant l’évaluation des expositions et la connaissance des facteurs de risques extraprofessionnels. En attendant les résultats de cette enquête épidémiologique cas-témoins, il convient d’accélérer le remplacement du TCE et de mettre en place des mesures supplémentaires de prévention et de surveillance des salariées ayant été exposées.
(publié le 2 février 2010)