Matériaux composites

M.B. Eniafe-Eveillard, B. Loddé, B. Sawicki, J.D. Dewitte Encyclopédie Médico-Chirurgicale, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux,2009, Pathologie professionnelle et de l’environnement, 16-541-B-30, 12 p. Bibliographie

L’utilisation des matériaux composites longtemps limitée à l’aéronautique devient universelle. Les matériaux composites sont constitués d’une matrice solide associée à un renfort fibreux ou filamentaire avec, entre la matrice et le renfort, une zone de liaison appelée interface. Les matrices sont souvent des résines thermodurcissables, des résines thermoplastiques, des céramiques, des métaux. Les renforts peuvent être des fibres de verre, de carbone, d’aramide, de bore, de silice ou de quartz, de polyéthylène ou d’origine renouvelable. Les charges utilisées pour modifier les propriétés mécaniques, électriques ou thermiques permettent d’améliorer l’aspect de surface ou de réduire le coût de revient du matériau. Ces charges peuvent être organiques, minérales, faites d’oxydes et hydrates métalliques, de verre ou de carbone. Leur grande variété de composition induit une grande variété de risques auxquels les opérateurs de fabrication et de mise en œuvre sont exposés. Les principaux effets sanitaires incluent les dermatoses (essentiellement dermites des fibres et dermites dues aux résines), les atteintes respiratoires (liées aux fibres, aux poussières et aux produits volatils) et neurologiques. La révolution industrielle des nanocomposites y ajoute des risques émergents (pulmonaires ou cutanés pour les plus documentés). La surveillance médicale repose sur une préalable évaluation des risques. En pratique, il faut procéder à la surveillance cutanée et muqueuse des effets irritants et allergisants des résines et à la surveillance pulmonaire des particules inhalables, par radiographies périodiques et épreuves fonctionnelles respiratoires. Dans le cas particulier d’une exposition au styrène, il faut rechercher des signes de syndrome psycho-organique. Le dosage du styrène dans les urines en fin de poste a été proposé comme indicateur biologique d’exposition mais les résultats peuvent être faussés par l’alcool ou certains médicaments. Le dosage urinaire des acides phénylhydroxyethylmercapturiniques (marqueurs spécifiques du styrène) n’est pas encore une méthode utilisable en routine. Les taux d’AM (acide mandélique) et de PG (acide phénylglyoxylique) sont actuellement les plus utilisés. Le styrène sanguin est spécifique mais il est mal corrélé à la durée de l’exposition. Enfin le dosage du styrène dans l’air expiré reflèterait l’exposition très récente. La prévention repose avant tout sur la protection collective et en second lieu sur la protection individuelle respiratoire et cutanée. Les affections liées aux matériaux composites sont susceptibles d’être prises en charge au titre de différents tableaux du régime général (tableaux 43,51,65,74,82, et 84).

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(publié le 1er octobre 2009)