Naissance, développement et disparition d’une maladie professionnelle : l’acroostéolyse des nettoyeurs manuels d’autoclaves dans la production du PVC

Nascita, sviluppo e scomparsa di una malattia professionale : la acroosteolisi dei pulitori manuali di autoclavi nella produzione di PVC C Zocchetti, A Osculati, C Colosio La Medicina del Lavaro, 2010, vol 101, n°2, pages 91-109. Bibliographie.

L’objectif de cet article est d’examiner l’histoire d’une maladie professionnelle qui a maintenant disparu : l’acroostéolyse des nettoyeurs manuels des autoclaves dans la production du chlorure de polyvinyle (PVC), qui est une maladie rare caractérisée par des altérations destructives des phalanges distales des mains. Les auteurs italiens ont examiné toute la littérature disponible sur cette affection. L’histoire de l’acroostéolyse a été étudiée au sein du cadre général de l’histoire de la découverte d’effets néfastes pour la santé de l’exposition au chlorure de vinyle, et cette histoire a été étudiée jusqu’à la fin des années 1960. La maladie a été observée pour la première fois au milieu de l’année 1963 à Jemeppe en Belgique dans une usine chimique du groupe Solvay, et a concerné deux travailleurs dont la tâche était le nettoyage manuel des cuves utilisées pour la polymérisation du chlorure de vinyle ; des cas semblables sont survenus dans la plupart des usines de production de PVC dans le monde entier, mais pas dans les usines où l’activité principale était la production de chlorure de vinyle monomère (CVM). Un peu plus d’une centaine de cas sont décrits dans la littérature scientifique, et ce nombre augmente d’une petite douzaine si l’on prend en compte les cas connus mais non publiés.

Ces chiffres confirment la rareté de l’affection, qui a atteint un pic à la fin des années 1960 et a disparu au cours des années 1970, probablement du fait de l’abandon complet du nettoyage manuel des réacteurs. L’observation de la maladie n’a duré que quinze ans et elle n’a pas pu être reproduite dans des conditions expérimentales chez l’animal.

La maladie était caractérisée cliniquement, elle avait une latence courte (de quelques mois à plusieurs années), elle était rare et liée de manière univoque au nettoyage manuel des cuves de polymérisation du PVC. Cependant, de nombreuses questions restent toujours en suspens : la période au cours de laquelle la maladie est apparue pour la première fois (plusieurs années après le début de la production du PVC dans le monde), l’étiologie de l’affection (l’hypothèse la plus crédible prend en compte trois facteurs concomitants : un facteur chimique -une des nombreuses substances utilisées pendant la polymérisation, et en particulier le chlorure de vinyle monomère, un facteur physique -les microtraumatismes des doigts pendant le nettoyage manuel, une susceptibilité individuelle), le mécanisme pathogénique (en particulier : le rôle de la peau, des appareils respiratoire et digestif, comme portes d’entrée), une méthode (ou un test) pour repérer les sujets potentiellement prédisposés à la maladie. Selon les auteurs de l’article, l’acroostéolyse des nettoyeurs manuels des autoclaves dans la production de PVC est une maladie professionnelle qui est à part de la "maladie du chlorure de vinyle" telle qu’elle a été identifiée par Viola en 1974 (angiosarcome primitif du foie).

(publié le 19 janvier 2011)