Pneumopathie lipidique par exposition professionnelle aux brouillards d’huile de coupe

O. Szabo-Gay, N. Benoit, C. Doutrellot-Philippon, F. le Meunier, H. Sevestre, V. Jounieaux La Presse Médicale, 2011, vol.40, n°6, pp.656-659. Bibliographie
ll est rapporté ici le cas d’un opérateur-régleur sur fraiseuse exposé pendant 30 ans à des brouillards d’huile de coupe et à des poussières de métaux et qui a développé une pneumopathie infiltrative diffuse révélée par un épisode de décompensation respiratoire aiguë.
Avant d’arriver à ce diagnostic, un bilan complet avait été réalisé orientant plutôt vers une pneumopathie d’hypersensiblité ; la tomodensitométrie mettait en évidence une pneumopathie interstitielle avec principalement un aspect de verre dépoli en mosaïque.
Une thoracoscopie chirurgicale exploratrice (biopsies pulmonaires et biopsies d’adénopathies médiastinales) a montré un infiltrat lymphoplasmocytaire et hystiocytaire et des vacuoles qui ont conclu à un syndrome interstitiel nécessitant d’éliminer en premier lieu une connectivite ; mais le bilan immunologique s’est révélé négatif de même que la recherche de précipitines sanguines vis-à-vis de Mycobacterium immunogenum.
Le bilan étiologique a été complété par une fibroscopie bronchique avec réalisation d’un lavage broncho-alvéolaire qui a montré des macrophages avec des vacuoles lipidiques en résorption tandis que les biopsies bronchiques mettaient en évidence la présence d’inclusions cytoplasmiques positives au niveau du tissu sous-épithélial. Le diagnostic de pneumopathie lipidique exogène était alors posé et une origine professionnelle évoquée, l’interrogatoire ne trouvant aucune source d’exposition par voie respiratoire aux particules huileuses.
L’insuffisance respiratoire a été déclarée et reconnue au titre des maladies professionnelles (Tableau 36, Régime Général).
La pneumopathie lipidique due à l’exposition aux brouillards d’huile est peu décrite dans la littérature mais elle semble évoluer vers une amélioration symptomatique, fonctionnelle et radiologique mais aussi vers la fibrose pulmonaire en cas d’exposition persistante ou de diagnostic tardif.
A l’heure actuelle, l’examen de référence reste la biopsie pulmonaire, mais la mise en évidence de dépôts sous épithéliaux bronchiques observés sur de simples biopsies d’éperons bronchiques pourrait inciter à préconiser le recours systématique aux biopsies d’éperon bronchique en cas de suspicion de pneumopathie lipidique exogène si la sensibilité de cet examen s’avérait intéressante. De même, il pourrait être utile d’évaluer l’intérêt d’un suivi du TLCO (Transfer factor for carbon monoxide) chez les salariés exposés au long cours aux fluides de coupe pour le dépistage précoce d’une atteinte pulmonaire.
(publié le 19 septembre 2011)