Des arômes qu’il vaut mieux ne pas trop inhaler

V. Bonnetterre Vigil’Anses, avril 2020, n°10, pp.7-9. Références

Des cas groupés de troubles respiratoires de type bronchiolaires survenus en France, dans une usine agroalimentaire de production de produits céréaliers sucrés ont été investiguéspar le Groupe de travail Emergence du Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) animé par l’Anses, suite au signalement d’un centre de consultation de pathologies professionnelles (CCPP) et d’un service de santé au travail (SST).
Un suivi longitudinal rétrospectif de 200 salariés issus des ateliers concernés, et de leurs explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) a été réalisé.
Les sujets exposés uniquement aux matières premières (céréales, farines..) avaient un excès un excès de troubles ventilatoires obstructifs des grosses bronches, comme cela est classiquement observé dans ce type d’exposition. Mais le fait de travailler dans le secteur de la fabrication des produits élaborés était lui associé à un excès de risque d’atteinte bronchiolaire. Des mesures dans l’air des ateliers ont mis en évidence la présence de diacétyle et de 2,3-pentanedione.
Les concentrations mesurées en sortie de four étaient parfois supérieures à ce que prévoit la réglementation.

Ces arômes ont aussi été détectés mais en plus faible concentration en salle de contrôle, entraînant une exposition des opérateurs moins intense mais de plus longue durée.

Au-delà des tableaux sévères de bronchiolites oblitérantes décrits initialement dans la littérature pour des expositions élevées, les effets sur le long terme de l’inhalation prolongée de faibles concentrations de ces arômes ne sont à ce jour pas totalement connus.

Ce signal de sévérité ne doit-il pas inciter à s’interroger sur l’existence de situations analogues dans d’autres usages ? Par exemple, les produits du tabac et les e-liquides destinés au vapotage contiennent fréquemment des arômes chimiquement proches du diacétyle portés en température dans le processus de consommation et secondairement inhalés.

(publié le 14 avril 2020)