Charbon et milieu professionnel

V. Caron Documents pour le médecin du travail, DMT, 2008, n°116, p. 547-550. Bibliographie

La survenue en 2008 d’une épizootie de charbon chez des bovins dans le Haut-Doubs a été l’occasion de rappeler que la maladie existe toujours en France en raison de l’ancienne tradition d’enfouir les cadavres des animaux atteints. Le réservoir de la bactérie responsable de la maladie est essentiellement tellurique, en lien avec la persistance des spores dans l’environnement pendant des décennies, voire des siècles. La maladie survient surtout chez les animaux herbivores qui se contaminent en ingérant l’herbe contaminée en été en période de sécheresse. Les symptômes chez l’animal sont propres à chaque espèce. L’homme se contamine essentiellement par inhalation de spores et par contact cutané par le biais de carcasses ou de dérivés contaminés (cuir, peau laine). La maladie se manifeste par trois formes cliniques selon la porte d’entrée de l’infection. La forme cutanée est la plus fréquente (95 % des cas) : lésion unique au point d’inoculation, située sur une zone découverte à type de papule érythémateuse évolutive en 24 h vers une vésicule prurigineuse rapidement suivie d’une érosion et aboutissant à une escarre noirâtre qui s’entoure vers le 3e jour d’un bourrelet oedémateux inflammatoire sur lequel apparaissent de petites vésicules concentriques. S’y associe une adénopathie satellite. L’évolution est habituellement favorable en 1 à 2 semaines. La forme gastro-intestinale est très rare en France. Trois jours après la contamination, survient un fébricule avec troubles digestifs conduisant au décès dans 25 à 60 % des cas malgré le traitement. La forme respiratoire est marquée par des symptômes non spécifiques qui évoluent vers une détresse respiratoire et le coma. La radiographie montre un élargissement médiastinal très caractéristique. L’antibiothérapie doit être entreprise très précocement et durer 60 jours. Le décès survient malgré tout dans plus de 85 % des cas. En cas d’épizootie animale, il faut prendre toutes les mesures pour éviter la sporulation de la bactérie au contact de l’air, mettre sous surveillance le cheptel, isoler les animaux malades dans des locaux faciles à désinfecter, interdire les saignées et les autopsies sur place, traiter les effluents, vacciner et traiter les cheptels, organiser la collecte des carcasses et informer les salariés du risque. Les personnes exposées seront suivies régulièrement. Le charbon est reconnu au titre des maladies professionnelles du Régime général et du Régime agricole. La prévention repose sur la surveillance du réservoir animal et le respect des conseils généraux de prophylaxie. Les vétérinaires respecteront les strictes mesures de sécurité en cas d’autopsie des animaux. Le personnel de laboratoire doit respecter la réglementation concernant les risques biologiques. Les services d’équarrissage seront prévenus même en cas de suspicion de la maladie afin de prendre les précautions qui s’imposent.

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(publié le 29 avril 2009)